Pages A4 - 17. 

1.   Le temps qui passe ...

 

 

 

                               C ' est un jeu de hasard, la vie sur la terre.

                               Mais n'est-ce qu'un jeu ?

                               Vous faites tourner la roulette des temps et vous êtes la proie du fantasmagorique. Que sont ces temps de notre vie, et que représentent-ils pour nous ? La trame même de notre destin !

                               Ils sont l'écho de nos joies et de nos chagrins.

                               Ils sont des éclats qui retombent ou se perdent dans les profondeurs ténébreuses du puits de l'oubli.

                               Il y a les temps qui reviennent, tous pareils, si souvent qu'ils paraissent luisants d'usure. On n'en distingue la beauté que si on les isole, si on se les remémore lentement, si l'on voit en eux s'animer les souvenirs qui y sont enclos.

                               Il y en a d'autres, plus solennels, plus précieux, qui gardent leurs mystères et qui sont chargés d'inconnues.

                               Il y en a qui semblent avoir été oubliés par quelques sortilèges, et ceux qui sont enfantés par le regret et la douleur.

                               Il y en a qui sont de colère ou de désarroi, et ceux qui sont de confidence et d'aveu.

                               Il y en a qui purifient les lèvres et le cœur de leur grâce et de leur fraîcheur, rehaussant notre état d'âme, et d'autres, ombrageux, qui nous rapetissent pour échapper à la honte et au déshonneur.

                               Il y en a qui nous traitent en clochards, et ceux qui nous habillent de célébrité.

                               Il y a les temps maudits qui, forgés dans l'enfer, ont fait naître la haine, et d'autres, créés par le ciel, ont appris aux hommes le pardon et l'amour.

                               Il y a la pluie, comme en ce premier matin de mon histoire, tombant, tel un couperet, sur l'échine de l'hiver et sur la nôtre ... Tout s'imprègne d'eau, et partout, elle se faufile. Goutte à goutte, fil à fil, la terre et son fardeau boivent jusqu'à saturation et, même, davantage.

                               Il y a le printemps, premier acte au Théâtre des Quatre-saisons, arrivant, comme toujours, en retard sur son programme. Entre en scène le messager de l'espérance, le porteur de joies, l'enchanteur aux mains de lumière, le chevalier à l'armure éclatante qui sonne aux quatre vents, pour des mariages d'oiseaux et des baptêmes de fleurs. Ganté de blanc, botté de vert, pour les gens et les choses, il est un peu le prince charmant faisant avec des riens une apothéose.

                               Il y a avril qui chante et qui refleurit, et voici que nous reprend notre faim de secouer la poussière, d'élaguer les branches mortes, de rapiécer nos misères. Alors que la vie enneige de rose les vergers, une immense espérance fait frissonner la nature et, pour moi, un grand exode prend naissance.

                               Il y a d'autres avrils que celui des nids et des fleurs.

                               Il y a les printemps de l'âme et les avrils du cœur.

                               Il y a Avril au Portugal, ou le temps des voyages.

                               Il y a les épopées aventurières du temps des amours.

                               Et ce sont tous ces temps, passés ou à venir, lestés du poids de nos rêves, de nos réussites, et de nos défaites, qui racontent l'homme, lui expliquant l'aventure de sa vie et alimentant sa faim de traduire, suivant les jours, en le transfigurant ou en le ravageant.

FJL 1967

 

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