Pages A4 - (3 pages).

 

 

 

13- Le temps de la vie éternelle…

 

 

 

 

 

 

 

                                       Avec l'âge qui avance inexorablement à grand pas, on se met à se retourner et à regarder en arrière, de tout ce que nous avons réalisé, de tous ces moments heureux ou tristes que nous avons passés, nous devenons nostalgique… La vieillesse apporte avec elle son lot de douleurs et de souffrances. Chaque année, il faut accomplir des sacrifices, accepter les renoncements. Il faut apprendre à se méfier de ses sens et de ses forces. Le chemin devient long et pénible, puis un jour nous devenons incapables de le poursuivre. Il y a toutes ces infirmités et ces maladies qui amenuisent nos réflexions, affaiblissent nos organes et des nuits si longues et angoissantes. Cependant, nous devrions parler des événements et des expériences qui nous ont ravis et réconfortés, et ils sont nombreux. Le présent le plus cher à mon cœur est le trésor que nous gardons en mémoire après une longue vie et vers lequel nous nous tournons avec un nouvel intérêt lorsque notre activité décroît. Des silhouettes et des visages évanouis depuis si longtemps qui continuent à vivre en nous, font partie de nous-même, nous tiennent compagnie et nous regardent avec des yeux vivants.

                                       Les maisons, les jardins, les villes, les gens que nous revoyons sont exactement comme autrefois, alors qu'ils ont disparus ou totalement changé entre-temps. Dans notre livre d'images, nous retrouvons, vivants et colorés, les plages, les montagnes et les rivages éloignés que nous aperçus en voyage, il nous semble qu’il y a une éternité. Nous sommes poursuivis par nos désirs, nos passions, nos rêves, nos amours, propulsés à travers les années folles de notre jeunesse et les décennies de notre existence, impatients, curieux, pleins d'espoir, violemment agités par tous nos bonheurs et toutes nos déceptions. Aujourd'hui, feuilletant avec précaution le grand album de notre vie, nous sommes étonnés de constater à quel point il est merveilleux et bon de se retirer sur la pointe des pieds de cette course poursuite pour accéder à la "vita comtemplativa". Dans ce jardin de la vieillesse s'épanouissent des fleurs que nous aurions à peine songé cultiver autrefois. Maintenant fleurit la patience, une plante noble. Nous devenons paisibles, tolérants, et plus notre désir d'intervenir, d'agir diminue, plus nous voyons croître notre capacité à observer, à écouter la nature aussi bien que les hommes. Mais au lieu d'éprouver à présent un sentiment d'infériorité et de défaite, nous nous réjouissons d'avoir franchi cette étape de notre vie, d'avoir un peu gagné en sagesse, en patience et du devoir accompli.

                                                  Jamais plus nous ne retrouverons cet état de grâce originel, mais réjouissons-nous de ce qui fût de nos amours mortes, de nos passions taries, de nos amitiés perdues, plutôt que de le pleurer. Cela a eu lieu, nous avons eu la chance de connaître cet amour si fort, cette amitié si belle, cette passion qui nous a donné des ailes. Elle nous appartient et personne ne pourra nous l'ôter, mais laissons-la dans le tiroir des belles années passées et ne mesurons surtout pas la qualité de nos nouvelles aventures à l'aune de ces souvenirs. D'autant plus qu'avec le temps, nous avons tendance à les embellir, à en retirer tout ce qui les ternissait. Seuls restent les meilleurs moments, comme dans un album de photos où ne dorment que les plus beaux clichés. Le reste, plus quotidien, plus banal n'a pas été photographié et s'estompent avec les années. Les brumes de la nostalgie ne peuvent nous enfermer et nous ne pouvons pas nous accrocher désespérément aux souvenirs, aussi beaux soient-ils, ils ne constituent en rien la mesure de ce qui nous attend sur les chemins de la vie.

                                       Cependant, revivre intérieurement son passé ne peut être perçu comme un sentiment négatif, la nostalgie apporte réconfort et un sens à notre vie. Elle intensifie la bonne humeur puisqu'elle s'appuie sur des expériences passées le plus souvent heureuses et vient renforcer l'estime de soi en promouvant l'idée que la vie est pleine de bons sens. Cela donne l'impression d'être connecté à d'autres qui nous permet de rebondir après une épreuve et de réajuster le sentiment d'identité. Si l'on prend le temps de bien appréhender tous les détails des situations que nous vivons et leur donnons l'importance qu'elles méritent. Nous pouvons créer des moments qui deviennent mémorables et viendront nourrir le sentiment nostalgique plus tard qui peut littéralement nous réchauffer.

                                       La vieillesse récapitule tout le livre de sa vie, elle résume les dons des différents temps de son existence, sans n'en avoir les illusions, ni les passions, ni les erreurs. C'est malgré tout, une des beautés de la vie, de pouvoir contempler le long chemin parcouru au soir de sa vie. Mais il y a de si beaux soirs et des couchers de soleil qui sont des reflets d'apothéose! Et la nuit est si belle avec sa parure de constellation! Comme la nuit, la vieillesse à ses voies lactées, ses routes blanches et lumineuses, reflet splendide d'une longue vie pleine de vert, de bonté et d'honneur! Le vieillard a une faculté précieuse: celle d'oublier. Tout ce qui a été futile, inutile dans sa vie, s'efface: il ne garde dans sa mémoire, comme au fond d'un creuset, que ce qui a été substantiel. Il s'applique à convertir en amour tout ce qui reste en lui de facultés, de vigueur et de souvenirs. En regardant ses photos jaunies, tout son passé resurgit en lui avec beaucoup d'émotions et de tendre nostalgie qui lui rappelle qu'il est toujours en vie pour les contempler. Se remémorer tout ce temps passé vous serre le cœur. Le temps passe mais les souvenirs restent en nous, comme immortels…

 

  

 Où je suis né à Carnières                        Où j'ai vécu 28 ans à Sclayn                               Ma maison à Floreffe

    61 devenu 70, rue Royale           Rue du Grand Pré, Avenue de Meuse, Allée des Fleurs, 55              52 rue Célestin Hastir

 

                                       En guise de conclusion suit un résumé extrêmement succinct des temps de ma vie. La vie, c’est un grand livre que l’on a écrit au gré du temps qui passe. On y appose des photos, on y décrit les choses, les gens, les rencontres, la famille, les paysages, ses joies, ses peines, ses espoirs, ses expériences, ses innombrables souvenirs répartis dans les différents temps de l'histoire de sa vie. Pour moi, tout commence le 30 janvier 1943 où je suis né à 10h00 du matin, au 61 de la rue Royale à Carnières sans avoir connu mes parents. Ma mère s'en est allée à la naissance de son 12e enfant qui n'a pas survécu et mon père, mineur de fond, s'éteignit 8 mois plus tard comme une chandelle dont ses poumons étaient remplis de poussière de charbon. Tous mes frères et sœurs avaient étés placés dans l'une ou l'autre institution et moi dans une pouponnière à Nivelles. Étant le plus jeune, une sœur de ma mère décida de m'accueillir en sa petite maison au milieu des près à Sclayn le 28 juin 1945. Ce fut pour moi une grande chance d'avoir une famille d'accueil qui ma comblé. Je n'ai pas non plus de souvenir visuel de ma marraine et sœur qui s'en est allé seule à l'âge de vingt ans en 1947. Après les écoles gardienne et primaire du village, je suivis des cours à l'école technique de Huy d'où je suis sorti avec le diplôme d'ajusteur-outilleur A3. Le 7 septembre 1959, après un examen, j'entrais à l'armée de terre pour 9 années, tout d'abord à l'école technique de Saffraenberg pour devenir technicien A2 en électronique avec le grade de sergent. Ensuite, un an de formation en radio et télémécanique à Vilvorde. Après, je fus affecté au 8e bataillon TTR d'Aix la Chapelle en Allemagne pendant 2 ans et 3 ans à la 17e Brigade Blindée de Düren. Cette dernière, dite unité combattante, était la moitié du temps en manœuvre. Heureusement, vu le nombre important de jours de congé et de nombreuses correspondantes, je pus faire quelques voyages, notamment en France, au Liban, à San-Francisco, à Montréal et 7 fois au Portugal. Durant mes temps libres ou en soirée, j'ai suivi quelques cours par correspondance.

                                       Mais, il y eut 1968 qui fut l'un des moments les plus douloureux avec le décès de mon second père peu de temps avant mon retour à la vie civile, la recherche d'emploi et une déchirure amoureuse. Cependant, j'ai pardonné à celle qui n'a pas voulu partager sa vie avec moi, parce qu'elle craignait de devoir vivre à 2.200 km de ses parents, mais je me réjouis de pouvoir le raconter plus tard. Je ne souffre pas de repenser à ces lieux de mes premiers amours, mais je me berce du doux souvenir de ce que nous y avons vécu. Quatre ans après, j'ai eu une nouvelle chance d'avoir rencontré celle qui devint ma femme et les années passèrent en tournant les pages de mon livre. Notre union a suivi le cours de la vie à deux pour le meilleur et pour le pire sous le soleil, sous la pluie et dans les joies, les peines, les attentes, les projets et les réussites sans oublier les douceurs et la chaleur de la vie en famille. Nous avons su tout simplement nous comprendre et nous aimer en préservant bien précieusement les traditions. Nous avons été loin de la perfection mais toujours près de l'émotion et de la tendresse. Cette union ne nous a pas apporté d'enfant, cependant avec nos filleuls et leurs enfants, ils ont fait notre bonheur et notre orgueil. Maintenant notre avenir repose sur l'oreiller de la sérénité en remerciant la Providence de nous permettre de vivre cette belle vie. Se référer au passé permet de se repositionner dans le présent et d'anticiper le futur. La nostalgie dépend d'une tendance naturelle à idéaliser le passé. Revisiter les lieux qui nous hantent peut nous libérer de l'image idyllique que l'on a su préserver en son cœur…

    

Ma dernière demeure, celle de mes parents, second parents, grand-père maternel & arrières-grand-parents maternels.

                                        

                                       Ma carrière civile commença par une occupation comme technicien radio TV chez AEG-Téléfunken à Ixelles pendant 5 ans. Le soir, j'allais suivre des cours de technicien supérieur en électronique à Anderlecht (graduat). Pouvant me rapprocher de Namur, je travaillais alors dans la société de télédistribution CODITEL comme planificateur spécialisé durant 24 ans puis survint une restructuration où je fus prépensionné à 54 ans et 11 mois. Par ailleurs, j'avais commencé à m'investir bénévolement au club de foot de Floreffe comme trésorier et ce pendant 14 ans. Survint ensuite des soucis de santé… Dans le début de ma vie de couple, il y eut un grand nombre d'événements heureux, tels des mariages, communions, baptêmes et soirées. Ils se sont amenuisés au fil du temps et remplacés par des séparations, embrouilles et de plus en plus de décès parmi la famille, ses connaissances et ses voisins. Tout cela contribua à façonner ma vie avec tous les moments les plus divers que l'on puisse rencontrer. Chaque vie est unique qu'il faut en garder une trace écrite afin de transmettre son expérience, son époque, son ressenti, son milieu, ses anecdotes, son vécu et l'histoire de sa famille. Et puis, arrive le jour où le livre est écrit quand la vie est terminée. Mais un livre ne meurt pas. D’autres le liront, se souviendront, l’évoqueront. C’est le début de l’éternité. J’ai ainsi terminé mon cheminement sur notre terre en m’éteignant dans le calme et la sérénité de ce jour, le … …….. 20… et dés à présent je me repose aux Marlaires sur les hauteurs de Floreffe.            

                                             F.J-L : 2016

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