Pages A4 - 33 à 41.

 

2. 4- Récits d'Emile Fiems fils (1945-62).

                                         

 

 

 

 

 

 

5 mai 1945                     Visite à mon frère Richard à Bruxelles.

                                       Aujourd'hui, j'ai du arrêter à midi à la verrerie-miroiterie et j'ai eu le tram de 12h10. Arrivé à Carnières, je me suis laver, habiller et arranger des paquets. Voilà tante Emilie (Alexandre) de Gilly qui entre. Elle me donne un paquet et un porte-monnaie pour Richard ainsi qu'un billet de 20 francs. Maintenant, il est temps que je parte pour Morlanwelz chercher tante Marie (Duvivier). Ensemble, nous partîmes à pied à la gare pour le train de 16h10. J'avais emporté la montre de papa qu'il avait donné de son vivant à Richard et ainsi je pourrais connaître l'heure. Nous arrivons à 16h30 à Haine Saint-Pierre. Nous devons changer de quai pour la voie 4 où se trouve le train pour La Louvière, départ à 17h10 et arrivée à Bruxelles à 19h30.  Nous nous sommes renseignés et après avoir traversé la place, nous montons dans le tram 35 pour Berchem Sainte Agathe à 19h50. Nous avons payés 3 francs et nous sommes arrivés à 20h20. Nous avons demandés le chemin qu'il fallait suivre pour Mont Thalbor à Dilbeek. Nous étions devant la porte à 21h¼, une sœur nous ouvrit et nous fit entrer près de Richard. Elle nous montra les habits de communion puis nous introduit dans une salle à manger où le souper était prêt. Après avoir mangé tranquillement, tante Marie donne les cadeaux à Richard et alla se coucher dans une chambre. Moi, je restais dans la chambre de Richard. Nous avons pas mal papoté et on s'est endormis vers 1h¼. Je fis un beau rêve où je retrouvais tous le monde ensemble: Gaston, Richard, mes petites sœurs, ma grande sœur, mon petit Jean-Louis, la fin de la guerre, le retour d'Allemagne d'oncle Richard (Heureux) ...

                                       Réveillé par du bruit venant du corridor, je me levai, m'habillai et me lavai. La sœur, mère prieure, habilla Richard. Il était chic le gaillard et fier avec ses cheveux plissé. Ensuite, nous allions prendre les instructions au parloir et nous habiller en conséquence car il pleuvait. À 6 heures, nous sommes allés à l'école des sœurs, puis à l'église à la messe. Par la suite, on nous conduit au restaurant où nous avons déjeunés. Après quoi, nous avons garnis les vases de belles fleurs pour la grand-messe de 10 heures. À midi, nous sommes retournés à Mont Talbor où nous avons retrouvés Gaston au parloir. Après le dîner, à 13h½, nous avons été nous promenés dans la cour. À 14 heures, nous avons été au salut puis, nous avons bus le café avant de dire adieux aux sœurs et à mes deux frères. Nous repartîmes pour Berchem. Après un quart d'heure d'attente, nous avons eu un tram pour Bruxelles et nous arrivâmes à 16h½. Le train ne partait qu'à 17h¼, alors en attendant, nous nous sommes rendus à la foire. Nous avons du changer à Braine le Comte pour monter dans une micheline qui partit à 19h¼. Après une halte plus longue à Haine Saint Pierre, nous sommes arrivés à Morlanwelz à 20h¼. Nous allâmes à pied jusque chez tante Marie où l'on retrouva Léa. Je lui dis que Richard et Gaston étaient tristes de n'avoir pu la revoir. Je retournai ensuite à pied chez ma marraine Hortense (Roos). Il était 21h¼, j'ai soupé, j'ai raconté mon voyage et il était 22 heures quand je suis allé me coucher dans la joie, la gaieté, l'amusement et le cœur content d'avoir pu revoir mes deux frères. Le lendemain, le 7 mai, c'était enfin la paix en Europe.

 

Lundi 7 mai 1945           La capitulation sans condition de l'Allemagne.

                                       Ce jour là, au matin, j'étais parti le cœur joyeux et content à La Louvière à l'atelier Desmedt car tout s'était passé à merveille sans trop de fatigue. Lorsque l'heure du retour sonna, nous sommes partis sans rien savoir. En chemin, nous apprenions que l'Allemagne avait capitulé sans condition, alors j'avais un ferme désir que cela soit vrai. Quand je suis arrivé chez moi, le poste de TSF allait fort avec des airs joyeux et en répétant sans cesse que l'Allemagne avait capitulé devant les trois grandes puissances, donc il n'y avait plus de doute. J'avais le cœur soulagé du poids de cette guerre mondiale qui avait duré cinq longues années. Je suis allé coucher fort tard et l'on ne travailla pas le reste de la semaine. D'un repos bien mérité pour tous ces soucis occasionné par cette guerre, en espérant maintenant de vivre des moments heureux, car il y eu beaucoup trop d'horreurs, de dégâts et aussi beaucoup d'orphelins comme moi, mes frères et sœurs.

 

Dimanche 13 mai 1945   Retour d'Allemagne de notre cousin Arthur Duvivier, travailleur obligatoire.

                                       Vers 6 heures du matin, je fus réveillé par les cris de ma marraine qui disait à Lucienne: "Arthur va arriver au tram maintenant". Quand je descendis, toute la famille était déjà là et une demi-heure plus tard nous allons à l'arrêt du tram. Après 1h½ d'attente et le passage du 3e tram, nous aperçûmes Arthur sur les marches du tram. Il en descendit et embrassa sa mère, sa sœur, son frère, son beau-frère, sa tante, son oncle et moi. Il entra à la maison et déjeuna. Lorsqu'il repartit, tous le monde en rue le questionnèrent. Il rencontra sa cousine Simone. Il rentra chez lui pour se laver, se changer, reçu beaucoup de gens qui étaient heureux de son retour et firent la fête.

 

Obourg, le 17 mai 1945  Je soussigné Jean-Baptiste Gailliez, agissant en qualité de premier tuteur des enfants des époux feux Fiems-Heureux, autorise Mr & Mme Germain Smal-Heureux à retirer de l'hospice civil (crèche) de Nivelles, le petit Jean-Louis Fiems, orphelin. Le 1er juin 1945 à 13h30: Vente publique du mobilier au 61 rue Royale à Carnières, comprenant étuve, tables, chaises, lits, buffet, lessiveuse électrique, essoreuse, glace, toilette, etc ... par le notaire Me Emile Marcq d'Anderlues.

 

Du 4 au 20 août 1945    Mes congés payés.

                                       Le samedi 4 août, je suis retourné à 11 heures. Arrivé au drapeau blanc, j'ai rencontré Léa et je suis rentré avec elle. Je me suis lavé, changé et nous avons été cherchés Madeleine et Yvonne. Ensemble, nous sommes partis au train de 16h07 à Carnières pour Bruxelles où nous arrivons à 19 heures. Nous avons été à l'arrêt du tram et nous avons montés dans le 35 pour Berchem Ste Agathe, puis ensuite la route de Dilbeek. Arrivé à Mont Talbor à 20h½, nous rencontrons Richard et Gaston. Nous sommes restés jusqu'au mardi et nous nous sommes promenés dans les bois. Lors du retour en train, nous avons fait une halte à Marchienne-au-Pont pour rencontrer Francine qui était en vacance chez les "Garitte" (ses parrain et marraine). Après cette courte visite, nous sommes repartis en tram pour Carnières. Mercredi, nous avons étés à Gilly et jeudi à l'école des frères. Vendredi, j'ai été cherché, à l'atelier, des carreaux pour les placer à l'orphelinat. Le samedi 11 août, je suis parti par le train de 7 heures pour aller à Sclayn en changeant à 8h¼ à Charleroi, puis à 11 heures à Namur. À la gare de Sclaigneaux, je vis un facteur et je lui demandai comment on pouvait traverser la Meuse car le pont avait été dynamité pendant la guerre. Il me dit de le suivre et nous nous sommes engagés dans une barque, qui pour moi c'était la première fois. Sur l'autre rive, tante Aline m'attendait avec Jean-Louis, mon filleul, dans ses bras et me conduisit à sa nouvelle maison, 55 rue du Grand Pré. Nous avons mangés de la tarte que tante avait préparée. Au soir, oncle Germain est rentré de la papeterie Godin d'Andenne, lui aussi tout heureux de commencer ses congés payés.

                                       Dimanche, je me suis levé à 10 heures et j'ai été me promener dans Sclayn. Après-midi, nous avons traversé la Meuse en barquette pour aller à Gevrinnes rendre visite à tante Célestine (Heureux) et oncle Léonide (Lemineur). Ensuite, nous avons été cherchés du lait. Lundi après-midi, je me suis promené en barquette mais j'ai attrapé des cloches aux mains à force de ramer. Mardi, j'ai été voir les pêcheurs et fait des courses. Le mercredi 15 août, j'ai lu quelques livres. Jeudi, je me lève à 10 heures comme d'habitude et après le dîner, je me suis promené dans le village. Ensuite, j'ai été à la pesée de Jean-Louis avec tante à la pharmacie Suars. Le vendredi après-midi, nous avons traversé la Meuse et nous sommes montés au dessus des rochers de Sclaigneaux au lieu dit les "champs d'oiseaux" jusqu'aux cheminées des usines à zinc Dumont situés en contrebas. Le samedi 18, j'ai été me promener en barque avec Jean Taton (fils), un voisin de tante Aline. Au soir, la cousine Georgette (Lemineur) est venue avec son mari (Jean Haag) nous inviter à venir boire le café à Gevrinnes le dimanche. J'ai aussi exploré les bois sur la colline. J'ai été très admiratif de ce coin si apaisant, remplit d'air pur et plein de merveilles, comme un beau rêve. Ayant parcouru toutes les rues et traversé les pâturages, j'ai beaucoup admiré les eaux calmes de ce fleuve tranquille. C'est le cœur émus que lundi, je fis mon baluchon car la belle hospitalité qui me fut dédiée se termine. Je fis un adieu à Jean, mon copain de vacance en lui disant, à bientôt. Je me dirige une dernière fois vers les rames posées contre le mur de la maison et avec oncle, tante, mon petit frère et filleul, nous partîmes vers la barque pour la traversée. Nous avons rejoins la gare et ce fut une grande étreinte, ne sachant comment les remercier de ce très beau séjour. Le train file alors, puis le tram et je me retrouve à Carnières qui n'a pas changé. Ainsi s'achève mes congés payés. Je ne remercierai jamais assez ceux qui m'ont permis que ce voyage puisse se faire et qui sont content de mon retour en les embrassant tous bien fort d'un bon cœur, d'un cœur d'homme.

 

23 octobre 1945              Comment je devins domestique.

                                       Ma sœur Léa me demanda si je voulais devenir, comme elle, domestique d'intérieur et j'ai accepté. Je me disais: "je serai mieux et je vais montrer de la bonne volonté". Alors, je me suis rendu à Leval-Thahegnies chez Mr Dubois (fils) qui m'a conduit chez sa mère à Morlanwelz au 110 rue des Ecoles et après l'entrevue, tout fut arrangé. Le lendemain, j'ai donné mon préavis à l'atelier, car c'était un métier fort éprouvant, sale, dans l'eau et la boue. Mais pour moi, le plus triste c'était de quitter parrain, marraine, Lucienne, Robert et Eugénie (la mère de ma marraine). Eux qui m'ont appris depuis un an et demi à être propre, travailleur et qui m'ont donné mon éducation d'adolescent. Je pris mon courage à deux mains et j'entrai au service de Mme Dubois, le cœur joyeux et gai en espérant y rester longtemps. Ce travail n'était pas trop pénible, je le fis avec goût et patience. J'étais payé 800 francs par mois, nourri et logé mais après un an, tout avait changé. J'avais été influencé par d'autres plus âgés et provocateurs. N'effectuant plus le travail correctement, ayant de nombreuses absences et négligences, je fus congédié le 2 novembre 1946.

 

Nouvel an 1946             Lettre à tante Aline et oncle Germain.

                                      Je me souviens, du temps où nos parents vivaient encore, de la préparation de la crèche, du nettoyage des statuettes et des anges, etc ... Nous vivions un Noël très heureux, mais cette fois il fut bien triste. Cependant, je vous souhaite que 1946 vous apporte une bonne santé et du réconfort. Je vous remercie pour la photo qui m'a fait grand plaisir. J'ai su par Léa que vous avez écris au juge de paix de Binche et au notaire Emile Marcq d'Anderlues pour savoir pourquoi notre maison n'est toujours pas vendue.

 

7 mars 1946                   Lettre à mon frère, Richard.

                                       Je suis vraiment étonné de savoir que tu travaille bien et que tu écris de la main droite. Je joins vingt francs pour les dépenses scolaires que vous donnerez à la sœur, mère prieure. Je t'enverrai de l'argent tous les mois. Léa est très contente de toi et ne va pas tarder à te répondre. Il faut que tu fasses tes devoirs que tu ne dois pas négliger et aider les sœurs. Tu dois travailler gentiment pour vous faire aimer par tous tes amis. À l'école, tu dois obéir au maître, tu dois être sage, fidèle et studieux, ne pas jouer en classe, ne pas se battre dans la cour de récréation. Quand tu rentre le soir, dit bien "bonjour" aux sœurs, embrasse bien fort Gaston et ensuite fait ta besogne et tes devoirs pour que toutes les sœurs soient contentes de toi. Moi aussi, je suis content quand une sœur me dit que tu travaille bien. J'ai confiance en toi pour qu'à la fin de l'année scolaire, c'est-à-dire aux examens, tu feras de bons résultats dont tu seras fier. Quant à tes petites sœurs à Noël: Francine à eu comme résultat 18 sur 60, ce qui est vraiment honteux, alors elle a été privée de sortie et elle a pleuré; Yvonne a eu 48 sur 60, ce qui est déjà très bien car elle travaille bien; Madeleine a eu 58 sur 60, ce qui est plus que très bien. Tu vois Richard, il y a de tes sœurs qui cherchent à te dépasser et c'est encore toi le plus fort. Pour ma part, je travaille comme un pauvre diable et je n'ai jamais fini. Pour Léa, c'est pareil, mais nous sommes bien vus et le soir, malgré la fatigue, nous avons le cœur heureux et satisfait.

 

8 mars 1946                   Lettre à ma sœur, Léa.

                                       C'est avec grande joie que je t'annonce, ce dont nous attendions depuis deux ans, la vente de notre belle maison le 20 mars, mais malheureusement en si piteux état, enfin ... (Elle fut vendue 32.632 francs belges, ce qui représente presque la moitié de sa valeur, soit 4.079 francs sur chacun de nos huit livrets.)

                                       Ma chère sœur de mon cœur, je vais te décrire mon dimanche. Lorsque je suis sorti en rue, le cœur gros et triste d'être seul, je piétinais la neige avec fébrilité en renversant tout sur mon passage. Pour moi, la rue des Ecoles n'était qu'un bout de cigarette. Arrivé sur la place, je n'avais pas eu le temps de voir les maisons tellement mes jambes allaient vite comme mu par l'électricité. Je stoppais devant la maison de la grand-mère de Robert, la boutique, et en moins de deux, je me retrouve dans la cuisine pour m'effondré sur une chaise. Mon déjeuner gargouillant dans mon estomac, allant d'une chaise à un fauteuil, puis à une autre chaise. Je parcourais les pièces de la maison en regardant les cadres, l'horloge électrique ... Déjà 11 heures, alors je dis "au revoir" à tous le monde et je mis mes jambes à mon cou, en voyant les maisons défilés comme des flèches. Morlanwelz-Carnières, me voilà arrivé chez ma marraine tout en haletant. Je me réchauffe mes doigts engourdis par le froid, puis j'épluchais des pommes de terre et l'on se mit à table, mais la viande était aussi coriace qu'un baudet. Après avoir fait la vaisselle, j'ai été voir les petites à l'orphelinat. Madeleine me dit qu'elle avait les photos pour mettre sur les cartes de réduction et qu'elle devait faire une rédaction sur le son de cloche, ainsi que des dessins et de la couture. Alors, je suis allé me promener avec Francine et Yvonne. Ensuite, j'ai été voir un film de cowboys.

                                       Pour dimanche prochain, tu viendras pour 10h½ à Morlanwelz. Nous irons à Carnières payer la caisse de secours et échanger des livres à la bibliothèque. Nous dinerons chez ma marraine et après avoir fait la vaisselle, nous irons chercher les petites à l'orphelinat pour aller au carnaval à Morlanwelz. Ensuite nous irons au bal masqué ou au cinéma et tu iras dormir chez ma marraine dans un lit bien douillet jusqu'au lundi. Nous aurons les paupières des yeux lourds mais le cœur heureux d'avoir pu bien s'amuser avec ses sœurs. Pour moi, le mardi gras s'est passé au travail dans la tristesse, mais j'espère avoir le plaisir de te retrouver sans faute dimanche pour une journée de joie qui puisse nous mettre de bonne humeur toute la semaine.

 

2 novembre 1946             Ma présentation au collège de Binche.

                                       Ce jour là, je fus envoyé de la part de l'abbé Belière de Carnières Trieux au collège de Binche. Après avoir quitté la maison de Mme Dubois vers 10 heures, je partis au train. De la gare, je me suis engagé dans un chemin qui contourne le monument du soldat inconnu et pris la rue de Merbe. Je me suis dirigé vers la grande porte en chêne massif avec des bas reliefs dont le vernis était craquelé. Je saisis vigoureusement une poignée pendue à un fil de fer qui fit tinter d'un son argentin la cloche du hall d'entrée. La lourde porte s'entrouvrait lentement et j'aperçu le portier de taille moyenne, d'une allure singulière ayant de fines moustaches recourbées à ses extrémités, d'une cinquantaine d'année. Il me regarda étonné puis en souriant, me fit entrer et refermait soigneusement la porte. Je lui dis que j'étais envoyé par le curé de Carnières et que je désirais rencontrer l'économe. Il m'introduisit dans un vaste parloir, très commode et propre, et il me fit patienter. J'examinais cette pièce d'un regard curieux et me laissais choir dans un fauteuil. Je m'interrogeais sur ce que je pourrais formuler. Peu de temps après, entrait un prêtre de taille moyenne, bedonnant, au visage sympathique, rieur qui me fit une bonne impression. Il me mit à l'aise et ma peur tomba. Une conversation s'engageait sur le travail qu'il y aurait à faire et de quelle manière. Ensuite, il me demanda de revenir dans deux ou trois jours avec mes bagages. Après cette entrevue, il me reconduit jusqu'au seuil de la grande porte et il me sera la main, ce qui me donna du courage.

                                       De retour le 5 novembre, je n'eu pas besoin de sonner car la porte était grande ouverte. Je déposais mes bagages près de la porte du concierge et dans l'attente, j'aperçois dans la cour garnie d'un joli parterre de fleurs, une jeune fille bien modelée qui tordait un torchon. Je me dis: tiens, il y a aussi des servantes. Arriva l'économe et, après une poignée de main, me présenta au concierge qui s'appelle Antoine. Nous gravîmes deux montées d'escalier tout en bavardant, nous traversâmes un large couloir, puis une grande cour collégiale et nous entrons dans une petite maison qui n'était pas de toute fraîcheur. Le sol était en terre battue, meublée de vieilles chaises, une table branlante, un poêle rapiécé et rouillé, une armoire instable, des murs délabrés, de la vaisselle ébréchée et un crucifix poussiéreux. L'économe voyant ma tête me dit que tout va être remis à neuf, repeint et carrelé. À l'étage, la pièce était séparée en trois parties par des cloisons en bois. L'une des chambres est occupée par François qui est aussi sourd qu'un pot, la 2e par Lucien plutôt ragoutant, et la 3e m'étant destinée.

                                    Le lendemain, Lucien me fit lever à 6h½, nous avons vidés les eaux des deux dortoirs, déjeunés à la maisonnette, desservis au réfectoire, balayés les classes et remis de l'eau propre dans les bassins des dortoirs. À midi, je fis pour la première fois mon entrée au réfectoire devant tous les élèves pensionnaires, ces petits messieurs, fils à papa, pour servir les repas et les desservir. L'après-midi, ce fut d'autres classes à balayer. À 15h½ notre gouter, à 16h½ desservir au réfectoire et monter des pommes de terre à la cuisine. À 18h½ servir le souper des élèves et 19h notre souper et repos à la maisonnette. Ainsi, les jours s'écoulèrent dans la joie du travail, le soir je confectionnais des sous-verres et toutes sortes de petites choses pour embellir notre antre. Pendant quinze jours, nous avons eu carreleurs, maçons, peintres qui ont rendu notre demeure beaucoup plus présentable.

 

Mars 1947                     Mes fréquentations au collège.

                                       L'économe m'avait bien recommandé de ne pas parler aux servantes qui étaient des filles placées par le juge de la jeunesse. C'était pourtant bien tentant, la jeunesse est attirée par la jeunesse. Faisant beaucoup d'allée et venue à la cuisine, je lançais quelques clin d'œil amusés et de petits sourires, principalement à Melle Louise que je trouvais charmante. Je guettai le moment où elle était seule pour causer un brin et lui poser certaines questions. La femme à journée nous favorisa les entrevues amoureuses par son entremise et ses conseils. Seulement, une sœur n'était pas myope et eu vite remarqué que je fréquentai un peu trop à son goût les servantes. L'économe en fut averti et il me gronda si fâcheusement que les larmes me sont venus aux yeux. Le lendemain, voyant que je perdais courage et que je ne travaillai plus aussi bien, il venait me consoler. Alors, je donnais des rendez-vous dans la ville de Binche. Le dimanche après-midi, je me baladais avec toutes les servantes, bras dessus, bras dessous, tout en restant correct. Vint le carnaval de Binche où avec audace, j'ai dansé en rond dans la salle de jeux du collège avec les servantes devant les sœurs et les prêtres au son des tambours et des trompettes.

 

25 mai 1947                   Lettre de Léa à tante Aline.

                                       Aujourd'hui, c'est la communion solennelle d'Yvonne et elle recevra la confirmation le 20 juin. Malheureusement, je ne pourrais pas y assister car je suis malade à Obourg au 1 rue Saint Antoine. Je vous écris cette carte parce que je vais un peu mieux. Cependant, j'ai encore un peu de fièvre: 40,1°. J'ai beaucoup transpiré et je suis encore faible. Quand la fièvre diminue, je mange mieux. Le matin, je me sens très mal, mal au cœur et de l'indigestion. Le docteur m'a ordonné de l'eau Burget et de suivre un régime au laitage toute la journée. Je suis un traitement de piqure de calcium tous les deux jours pour me fortifier. Il y a un mois que je sui ici et je me plais pas mal. J'espère que toute la famille se porte bien ainsi que mon petit filleul, Jean-Louis.

 

Juin 1947                       Entre travail et fréquentations.

                                       Antoine, le concierge, tomba malade et fut hospitalisé. J'ai du alors servir les prêtres au chauffoir et par la même occasion, je voyais celle que j'avais au monte-charge, en lui passant des lettres sous les plats. Hélas, je fus pris au piège par l'économe qui me gronda fortement et me recommanda de me tenir à l'écart. Je me rabattais sur les services de la femme à journée pour transmettre mes lettres. Un dimanche, je me promenais avec Louise et une Marie-Louise pour nous rendre ensuite dans un café binchois où l'on a beaucoup dansé. Marie-Louise cherchait aussi à me charmer avec son air taquineuse et de m'attirer davantage. Cependant, je préférais Louise. C'est ainsi qu'au courant de la semaine les deux "Louise" se sont disputées à mon encontre, se sont injuriées, se sont jetées des coups de poings et de pieds. Aussitôt, une sœur les a séparées et en a averti l'économe qui mit Marie-Louise dehors.

                                       À la mi-juin, à la demande d'une firme cinématographique américaine, le carnaval de Binche fit exception pour une deuxième fête pour les besoins d'un film destiné à l'étranger. Ce jour là, j'avais donné rendez-vous à Louise via ma correspondance secrète et mystérieuse, ainsi qu'aux fiancés des autres servantes. La fête s'est très bien déroulée, nous participions aux rondeaux et passions d'un groupe carnavalesque à l'autre. C'était vraiment du bon temps après cette maudite guerre et ses deuils. Mais l'heure passe vite quand on s'amuse si on n'y prend garde. Les servantes avaient la permission de rester jusque la fin du feu d'artifice qui commença à 22 heures pour finir à 23. Après avoir échanger de long "au revoir" et une bonne embrassade, toutes les servantes coururent vite au collège pour se mettre au lit. Moi aussi, j'y suis retourné d'un pas silencieux, souriant, au cœur joyeux, la lèvre encore rafraîchie des baisers reçus.

                                       Il y a eu aussi les fêtes du collège et d'autres encore où je me suis toujours amusé avec retenue. Hélas, les lendemains de fête sont plutôt bien tristes avec des répliques de l'économe qui trouvait que j'abusais de sa bonté. J'allais au cinéma quasi tous les jours. Les sorties que j'effectuais avec les servantes furent remarquées par quelques personnes ayant une grande langue malveillante. C'est ainsi que certains trouvaient cela scandaleux et les servantes furent privées de toutes sorties pendant cinq semaines. Bien que n'étant pas puni, je préférais passer tout ce temps dans l'ennuie et la tristesse, car j'étais quand même la cause de cette punition. Lorsque je revenais à Carnières chez ma marraine, ils savaient aussi toute l'histoire, les mauvaises langues vont bon train ... Même ma tutrice, Melle Georgina Philippe, était au courant et essayait de savoir le stratagème que j'utilisais, mais ce secret fut très bien tenu. Cependant, tout fut compromis, d'une part par le juge qui protégeait Louise et d'autre part par ma tutrice qui voulait mon renvoi du collège. Le 15 août, Louise fut transférée dans un château et il ne m'a plus été permis d'avoir aucun contact. J'ai ensuite passé mes congés à Sclayn. Puis, j'ai suivi quelques cours au collège dans l'intention de trouver un autre travail et une meilleure situation.

 

Fin juillet 1947              Lettre de Léa à tante Aline.

                                       Il y a 3 mois, lors de mon entrée ici au sanatorium d'Obourg, je pesais 60 kg et maintenant seulement 45. Quand je dois aller passer des rayons, je dois être transportée sur une civière. Je transpire beaucoup et les sueurs me coulent de partout. J'ai toujours de la température entre 39 et 40. Chaque fois que l'on me fait des piqures, j'ai de très fort battement de cœur. Mes règles se sont arrêtées. Vous êtes la seule des quatre sœurs et frères de maman à nous rendre de grand service et qui a le bon cœur de penser à nous. En plus, vous vous charger de Jean-Louis que vous soigner très bien. On vous doit beaucoup de remerciement pour votre générosité, car les autres sont nuls.

                                       Quant aux enfants de l'orphelinat de Carnières, elles sont en vacances. Francine et Yvonne sont chez une parente d'une religieuse à Anvers et elles s'y plaisent très bien. A l'école, Yvonne à obtenu 73 %, tandis que Francine seulement 52 % car elle joue beaucoup au lieu d'apprendre. Madeleine est partie en Suisse à la villa "Lumière & Vie" à Montana dans le Valais. Emile est à Binche, mais il n'est pas très gentil car il y a un mois qu'il n'est plus venu me voir...

                                       Le 13 septembre 1947 survint le décès de notre chère sœur à l'âge de vingt ans des suites de la tuberculose. Le mauvais sort s'acharne sur notre famille, si fortement éprouvée. Je fus le seul qui fut présent à son enterrement du sanatorium d'Obourg au cimetière d'Havré. Sur le trajet, j'étais assis à côté du cocher, le corbillard des pompes funèbres était tiré par un cheval.

 

Janvier 1948                   Mon renvoi du collège.

                                       Voilà une nouvelle année qui commence. J'ai été réveillonné à La Louvière avec mon ami, Maurice. Nous nous sommes bien amusés et nous sommes rentrés le lendemain vers cinq heures du matin. Hélas, le 5 janvier, ce fut le retour au collège avec dégoût à cause du nouvel économe. Je fis des recherches dans toutes les annonces des journaux et après avoir écrit à plusieurs maisons où l'on demandait un domestique, j'en ai trouvé une qui paraissait intéressante. Par téléphone, je donne tous les renseignements et je me suis rendu chez Mme Peltzer, avenue Louise à Ixelles, le dimanche 11 janvier qui accepta ma demande. Le lundi matin, comme je sortais de ma chambre, l'économe se précipita sur moi en me criant qu'il ne voulait plus me voir, que je ne faisais plus rien de bon, que je plie tous mes effets et que je file d'ici. Je fus stupéfait de voir en colère ce petit bout d'homme et je lui demandais quelques explications. C'est la première fois que je fus ulcéré par cet abus d'autorité que j'ai demandé mon compte au bureau. Je suis alors revenu quelques jours chez ma marraine.

 

13 janvier 1948               Domestique à Bruxelles.

                                       Dés le lendemain, j'ai été à Bruxelles chez Mme Peltzer commencer mon service qui me sera payé 1000 francs par mois. Dans cette maison, le travail est fort différent et malgré que je me sois présenté du mieux possible, je n'avais pas la prestance nécessaire pour tenir cet emploi. J'étais un peu maladroit, je n'avais aucune liberté, ce qui m'occasionna un grand chagrin et un grand découragement. Donc, mon séjour ne fut pas long, j'ai été renvoyé le 31 janvier et je suis à nouveau revenu à Carnières, sans boulot. Quant à ma tutrice, Melle  Philippe, elle voulait me faire entrer dans un centre de redressement, en prétextant que je ne voulais pas travailler. Elle avait même envoyé le commissaire de la commune qui m'a traité de vaurien. Mais lorsque je lui expliquais que je voulais travailler, il s'excusa. Il me fit alors un papier pour entrer au laminage à froid de Carnières et ce après 24 jours sans salaires car il n'y avait pas de chômage.

 

23 février 1948               Au laminoir à froid de Carnières.

                                       Je suis embauché comme emballeur, mais seulement, le 13 mars, j'ai du être hospitalisé à Jolimont pour y être opérer de l'appendicite. Je le fus le 23 mars et le 3 avril, je passais ma convalescence chez ma marraine. Je repris le travail le 19 avril, bien que je n'aime guère ce métier. Le 10 mai, j'écris au ministère de l'armée pour entrer dans la marine. Dix jours plus tard, il me fut répondu que tout était complet. De même pour ma demande à la gendarmerie. Les mois passèrent et j'ai demandé pour être cisailleur, ce qui fut accepté. J'obtenais une belle augmentation, de 10 francs l'heure j'étais passé à 18, ce qui me donna du courage. Le jeudi 23 septembre est né un petit cousin: Bernard Gosse. J'entrepris un cours d'automobile, mais j'ai du abandonné parce que ce cours se donnait le dimanche matin et que le samedi je terminais fort tard, ce qui me fatiguais beaucoup. Et maintenant 1949 a frappé à notre porte. Une année nouvelle se montre enthousiaste, prometteur de beau jour qui effacera l'année écoulée. Le travail s'effectue dans la bonne humeur mais je voudrais plus encore. Je demande une augmentation et on me répond que je suis au dessus du barème. Le dimanche 9 janvier, Maurice me demande si je ne désire pas travailler avec lui à Baume-Marpent à Morlanwelz où l'on forge des essieux de wagon, que je gagnerais 21 francs l'heure, mais le travail est assez dur et on a fort chaud.

 

22 janvier 1949              Entrée à Baume-Marpent.

                                       J'ai quitté le laminage sans excuse et je suis entré comme marteleur et obtint le salaire prévu. Le dimanche, Maurice, Madeleine et moi sommes allé nous promener à vélo un peu partout. Mais au travail, Maurice me taquinait sans cesse, me fit toute sorte de caprices et de désagréments. Il m'avait une fois cassé un sabot, puis m'avait coincé devant le four dont la porte était ouverte et mon pantalon s'est mis à bruler. Il ne cessait de me faire enrager que j'en ai eu marre et que j'en ai parlé au contremaitre. Maurice fut alors mit à la porte le 3 juin. Dehors, il y avait un soleil radieux, mais à l'atelier régnait une chaleur étouffante car le fer était chauffé à 1200 degrés pour pouvoir le forger. Malgré tout on effectue ce travail courageusement et on se repose de temps en temps pour souffler un peu. Depuis que Maurice de malheur est parti, l'équipe du gros pilon est soulagée et le travail se fait beaucoup mieux, avec plus d'ardeur et de joie. Pour ma part, ma vie prend une meilleure tournure, j'épargne mieux et je peux lire tranquillement en paix. Le dimanche, je fais du vélo avec Madeleine et son amie, Lucienne. Elle est jolie, intelligente, calme, vaillante et a bon cœur.

                                       Le samedi 9 juillet, je suis allé seul à la fancy-fair du couvent des sœurs de la croix à La Louvière. Le lendemain à celle de l'école Sainte Hélène de Carnières où j'ai même chanté au crochet. Le dimanche suivant, je suis sorti à vélo avec Madeleine et Lucienne, qui avait un petit ami. Toute la semaine de mes congés du 16 au 26, j'ai travaillé chez Jean Duvivier qui est menuisier et habite la même rue. Le dimanche 24 juillet, je suis allé à la fancy-fair de Colarmont de 19 heures à minuit où j'ai dansé  avec quelques demoiselles. Le mardi 26, fête Sainte Anne. Je suis allé avec quelques amis à Mariemont au café des ruines. J'y ai dansé et fort bien amusé pour rentrer à minuit. Le travail à l'usine se passe très bien où je donne le meilleur de moi-même et je rigole de temps à autre avec mes collègues de travail. Le mercredi 27, j'ai quitté mon ouvrage pour aller chercher le paiement de mes congés payés au laminoir à froid. J'ai reçu une belle somme dont je suis ravi et que vais épargner pour l'avenir. Maintenant, je réfléchis mieux et peut être pourrais-je former un ménage, que je voudrais idéal, confortable et exemplaire. Le samedi 30, Mr Aimable, maïeur de la commune libre de Carnières-Waressaire  me fit appeler pour aller de porte en porte collecter pour la kermesse et je fus nommé trésorier-adjoint.  Je continuais ma tournée le lendemain, puis je suis allé à la ducasse de Morlanwelz et ensuite j'ai été au cinéma du Préau. Le samedi 6 août, contre toute attente j'ai reçu malheureusement de Baume-Marpent mon papier de chômage et lundi je me rendis pour la première fois au contrôle.

 

10 août 1949                   Quelques moments de galères.

                                       Je venais de terminer mes cours de soudeur à l'arc et au chalumeau qu'un de mes amis me dit de me présenter à l'usine anglo-franco-belge de la Crayère. Nous y avons été en moto et je fus embauché comme soudeur à l'arc, pour commencer le lundi 15. Le samedi 13 après avoir peint les chaises du café "Duvivier", tante Aline est passée avec Madeleine, Gaston et Jean-Louis pour aller chez Melle Philippe. Dimanche, j'ai été au cinéma idéal et par la suite j'ai été dansé aux bateaux jusqu'à minuit. J'ai fêté ma nouvelle entrée à l'usine où je dois travailler la nuit de 20h¼ à 6h¼. Ce travail se fait avec difficulté et la fatigue me gagne sur les premières heures du matin. Je n'ai pas pu tenir cette place et le 11 septembre, je suis à nouveau chômeur. Après un mois, la demande que j'avais faite à l'aviation ne fut pas retenue. Le 14 novembre, j'entreprends des cours du soir de menuiserie à l'école des arts métiers de La Louvière. Je viens de faire une dizaine de place, mais toutes les portes me restent closes. L'année 1949 fut assez bonne au début mais a mal finit. Nous voici en 1950 dans la peine de trouver du travail. J'ai abandonné mon cours de menuiserie pour entreprendre un cours par correspondance de police privée. Mon oncle se moque de moi en disant que cela ne sert à rien. Mais, je veux y arriver, persévérer, vaincre tous les obstacles de la vie, retrouver confiance et courage, en espérant que l'avenir me sera plus favorable. Le 15 mai, je me suis engagé comme manœuvre-maçon chez l'entrepreneur Valère Navet de Carnières. Seulement, c'était très dur, mal payé et beaucoup d'heures supplémentaires. Le 25 mai, je me suis présenté à la boulangerie-pâtisserie "le Bon Grain" de Mariemont. Mon parrain et ma marraine ont cessé de tenir le café et ont déménagés au 65 de la rue Beauregard, toujours à Carnières.

                                       Comme j'avais plus de 21 ans et voulant reprendre ma liberté, le 10 janvier 1951 je suis parti habité en logement avec des pensionnaires italiens dans un café au 59 rue du Houssu à Carnières. Le 15 mai, j'ai repris du travail à Baume-Marpent au gros pilon pour gagner plus. Vers le 12 septembre j'ai habité en pension chez Mme Léonard, tenancière du café de la Terrasse à la chaussée de Mariemont à La Hestre et j'ai repris des cours du soir de soudeur. Comme c'étais quand même trop dur pour et trop chaud, je suis retourné travailler au Bon Grain le 11 octobre. C'est en juin 1952 que nous avons fondé un ménage avec Madeleine avec tout d'abord la location d'une grosse maison au 14 rue de l'Ermitage à Morlanwelz. Nous avions eu un peu de vaisselle de tante Marie, nous avions acheté d'occasion : table, chaises, lits, garde-robe, meuble, etc ... le plus urgent. Petit à petit, nous avons domiciliés Gaston, Yvonne et Francine. Ensuite, nous avons acheté une petite maison au 71 rue Abel Wart à Fayt lez Manage. Le 12 janvier 1954, je suis allé travailler à la verrerie de Scaillemont à Manage où je ne suis resté qu'un jour car les ouvriers étaient très vulgaires et grossiers. Le lendemain, je suis entré comme découpeur au chalumeau, calibreur, aux ateliers métallurgique de Nivelles mais je n'étais pas assez rapide. Je me suis alors engagé à la firme Joli-Home Pollaert à La Louvière comme vitrier le 7 février. Pas assez formé, j'ai été mis au chômage le 29 février. J'ai poursuivi mes cours de plombier-zingueur commencé en 1952 et fut diplômé en 1954. J'ai suivi également suivi une formation pendant six mois et j'ai installé la plomberie de la cure de Sainte Ode à Baconfoy. A partir du 14 décembre, j'ai travaillé comme plombier chez Arthur Bougard à Godarville pendant cinq jours, mais n'étant pas assez rapide, je suis retourné au chômage.

                                 Le 9 janvier 1955, j'ai pu décrocher un emploi durable à la régie des eaux de Charleroi. J'ai commencé comme manœuvre, ensuite fontainier et pour terminé indexier-encaisseur. Le 20 octobre 1956, je me suis marié avec Raymonde Wirgot et j'ai habité au 43 rue Turenne à Charleroi. Nous avons eu deux enfants: Jean-Luc qui est né le 24 janvier 1958 à Charleroi et Claudine qui est née le 21 octobre 1959 à Gilly. De 1957 à 1960 avons habité à la rue Alfred Leroy à Marcinelle et en 1961 et 1962, au 335 rue de Gilly à Couillet. Nous avons ensuite acheté une maison à la Propriété Terrienne au 35 Quartier Gailly à Gilly et j'ai été pensionné le 31 janvier 1985. Jean-Luc s'est marié avec Pascale Willems le 5 septembre 1987 à Gilly et n'eut pas d'enfant. Claudine, après avoir pris le voile pendant 5 ans, puis ingénieur chez IBM, s'est mariée avec Edmond Mitano Dekuba le 28 septembre 1996 au Zaire et ont eu deux enfants: Jonathan né le 11 avril 1998 et Olivier né en août 2001. Ma femme Raymonde nous quitta brutalement le 14 novembre 2001, suivi par mon frère Richard le 19 novembre 2001 à Bruxelles. Après 9 années, je suis allé finalement habiter chez ma fille à Ternat dans le Brabant Flamand. Emile décéda à Asse le 25 avril 2015 et rejoint sa femme au columbarium de Gilly. Lors de la messe funéraire à l'église de Gilly, sa fille lu cet éloge:

                                 "Cher papa, le moment de te dire "à Dieu" est arrivé. Désormais tu as rejoint maman, une étoile brille doublement dans le ciel, d'où vous continuez à nous prodiguer votre amour, comme vous l'avez fait tout au long de votre vie. Je remercie le Seigneur de nous avoir permis de te garder auprès de nous jusqu'à la fin. Le matin encore tu étais avec nous, à la maison. L'après-midi, tu as pu échanger avec Jean-Luc un authentique moment de tendresse filiale, dont tu l'as gratifié par un de ces beaux sourires dont tu avais le secret, pendant que je courais à la maison chercher tes médicaments. Ce sourire sera la dernière image que Jean-Luc pourra garder de toi. Merci pour ce cadeau. Ton corps était usé, mais ta vie a été bien remplie. Tu as merveilleusement bien assumé ton rôle de grand frère, en l'absence de vos parents, en l'absence ensuite de votre sœur ainée Léa en 1947, admirablement secondé en cela par ta petite sœur Madeleine, qui s'est vouée à Dieu en servant ses frères et sœurs et qui nous a quitté le 2 mars 2013. Tu as trouvé en maman une compagne merveilleusement bonne, et grâce à elle, une nouvelle famille. Puis nous sommes venus, Jean-Luc et moi, et nous avons grandis dans l'insouciance des enfants comblés d'amour par leurs parents. Puisse le Seigneur nous accorder la grâce d'aimer nos enfants, nos proches, avec la même générosité. Ces cinq dernières années, nous avons eu la chance de les vivre ensemble à Ternat, où tu as pu goûter de près à l'extraordinaire convivialité des Congolais et à leur sens de la fête. Il n'y a pas si longtemps, tantine Elie, une des grandes sœurs de la grande famille d'Edmond, a dansé avec toi au son des musiques festives dont les Congolais ont le secret. Voilà une des précieuses images que je garderai de toi: tu dansais, heureux, souriant, ravi de retrouver un peu de ta jeunesse, toi qui savais si bien t'amuser, entraînant dans ton sillage, ta petite sœur Francine. Vous formiez une belle équipe tous les deux, jusqu'à ce qu'elle décide d'entrer au couvent en 1956. Et ces derniers temps encore, à chaque fois qu'elle venait te rendre visite, vous chantiez joyeusement les chansons d'autrefois, en évoquant une foule de souvenirs d'enfance. Ces précieux instants resteront gravés dans nos mémoires comme autant de cadeaux du ciel. Tu attendais avec la même impatience les visites de Jean-Luc, et sa légendaire douce patience à te commenter les émissions que vous regardiez ensemble à la télévision, tout en dégustant de délicieuses madeleines offertes par ton filleul, Jean-Louis. Et de même chaque jour à midi, ton petit-fils Jonathan, te préparait avec amour un bon bol de soupe avec une bonne tartine. Tu as toujours eu un contact facile avec les enfants, particulièrement les tout petits enfants. J'ai encore pu le constater il y a 2 à 3 semaines à peine, lorsque nous accueillons un petit garçon de 4 ans, pendant les vacances de Pâques. Cet enfant était comme fasciné par ton grand âge, et toi, tu lui as prodigué un de ces sourires dont les petits enfants raffolent; aussi loin que je me souvienne, il en a toujours été ainsi. Désormais, tous ces beaux souvenirs vont s'intérioriser en chacun de nous, et nous rappeler que même avec un corps usé jusqu'à la corde, l'âme a encore ses sursauts de bonheur candide, comme aux premiers jours de la vie. Te voilà maintenant entré pleinement dans la Vie Nouvelle, par Jésus, avec lui et en lui, dans le sein du Père, où tu nous précèdes tous, selon la grande miséricorde de Dieu. Grâce lui soit rendue. Ta fille Claudine, au nom de ta chère famille qui t'est désormais plus proche que jamais."

 

                                             Fiems Emile - 1973 & 2015

 

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