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3. Le temps d'une jeunesse.

 

 

 

3. 1-  Insouciante enfance.

 

 

 

 

 

                                          Maintenant que ma jeunesse s'est totalement effacée, j'y pense très souvent et tout une foule de souvenirs accumulés au long des ans se fait jour. Je revois, comme si c'était hier, mes jeux d'enfant, ma gaîté folâtre, ma tendre insouciance, tant de joies qu'aujourd'hui ne sont plus. À chacun des jours d'année nouvelle renait ce passé déjà si lointain ...

                                          Il y eut le printemps qui propage la vie dans la nature et en nos cœurs. Orphelin de père et mère à l'âge d'un an et demi, j'eu ce printemps du cœur, celui des parents qui m'éduquèrent comme si j'étais leur propre fils. En ce temps là, tout riait et chantait autour de moi. Des près fleuris s'étendaient de part et d'autre du domaine qui fut mon paradis. J'y trouvais vraiment tout ce que je désirais et mes vœux s'exauçaient comme par enchantement.

                                          J'admirais beaucoup mon père, homme courageux qui n'avait jamais de répits pour son travail. D'aspect vif et sec, il mettait un point d'honneur à son labeur et à son honorabilité. Et que de soirées, de jour de congé, de dimanches, de jours fériés n'eut il pas consacrés à ses travaux de menuiserie, maçonnerie, dallage, jardinage, électrification, tuyauterie, ferronnerie, etc... Que de sueurs pour une vie bien trop courte et si amère.

                                          Il y eut l'été, ce temps des vacances où tous les enfants du quartier, et même de tout le village, se donnaient rendez-vous en notre maison. L'abondance des espaces verts furent également mis à contribution pour nos libertinages et nos furies endiablées. C'était le bon temps, les routes n'étaient point encombrées que par quelques charrettes et la plaine était peu peuplée. Maintenant, si j'étais encore enfant, je ne pourrais plus refaire tous nos jeux car la physionomie des lieux a complètement changé. Il n'y a plus un coin pour se dégourdir les jambes, les rues sont trop dangereuses et les gens sont devenus beaucoup plus grincheux. Même nos étés ne sont plus aussi rayonnant qu'auparavant. Le soleil est pâle, le vent souffle en rafale et les pluies plus nombreuses. Oui, tout a vraiment changé ! Où sont donc les promenades d'antan le long d'un ruisseau qui aujourd'hui se trouve canalisé, où sont nos verts pâturages maintenant recouvert d'asphalte et de poussières, où sont nos heures tranquilles qui ont cédés aux tintamarres du progrès, où sont nos légendes et nos coutumes que la conquête du temps nous fait oublier ! Que nous reste t-il de tous cela ? Rien que de médiocres souvenirs que l'on n'anime plus et qui s'éteignent languissamment aux cours des heures qui viennent et qui ne nous laissent plus le temps de réfléchir !

                                          Il y eut l'automne, qui enlève ce qui nous reste encore, quelques pages de nos cahiers d'écoles s'envolent aussi avec nos espoirs. L'automne chante et pleure les regrets ainsi que les peines perdues au gré du vent, emportant notre âme dans une sorte de rêverie vague. Même le vieux tram avait sa voie cassée et gémissait à chaque tour de bielles. Lui aussi sentait sa fin prochaine. Sur la Meuse, des remorqueurs avaient déjà remplacés les chevaux qui tiraient les chalands de nos jours disparus car les péniches sont motorisées.

                                          Il y eut l'hiver dont son manteau de froidure et sa fourrure de neige nous enjôlaient. Toutes les pentes de la colline étaient sillonnées de luges et de traineaux. Des bonhommes de neiges prenaient forme ça et là, et de nombreuses patinoires se traçaient sur toutes les routes. Oui nous eûmes une enfance heureuse et comblée qui mérite d'être racontée afin de n'être point totalement oubliée.     

F.J-L 1.1.1970

 

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