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4. 2. 10- Le pays de Namur.

 

 

 

                                            

 

 

                                          Qu'il est beau, le pays de Namur ! Non, qu'il soit grand et puissant, il est petit et modeste; mais il rassemble les plus chatoyants ramages de sa verdure enchanteresse. Du haut de l'escarpement de Champion, qui se prolonge vers le Nord et sur lequel se dresse un promontoire fortifié au confluent de la Sambre et de la Meuse, on découvre un panorama charmant, dont la richesse d'aspect synthétise à merveille la variété du paysage namurois.

                                          Les jolis fonds où se devine le murmure babillard du Hoyou et de l'Orneau, les collines ourlant de leurs mamelons pittoresques les dernières ondulations du plateau brabançon, les potagers, parmi lesquels s'éparpillent les maisons rustiques, mêlées aux buildings, du bourg de Jambes, la vallée boisée où la lumière déroule son large ruban verdâtre, les rochers gris-clair, qui là-bas, en aval, semblent barrer la route aux eaux mosanes, le versant arboré de la côte de Buley, et ce fleuve admirable aux rives riantes et farouches; voilà les spectacles que nous retrouvons à chaque pas, disséminés ou harmonieusement groupés, en parcourant le pays qui relie les plaines hesbignonnes à l'âpre et rude massif ardennais.

                                          Les fonds de Burnot, de Lustin ou de Lesve, les ravins de Dave ou de Taillefer, la capricieuse vallée du Bocq, les bords sauvages et ravagés de la Lesse renouvellent sans cesse le charme du décor, par une incomparable et féconde diversité. Des villages s'égrènent sur les pentes, fenêtres curieusement ouvertes derrière les arbres des vergers; des sentiers en lacets s'évadent du sous-bois où le ruisseau s'attarde en bruissâtes cascatelles parmi les graviers, les fanes et les souches moussues; des gorges resserrent les touffes de plantes rivulaires entre leurs minuscules falaises que raye, par instant, la fuite d'un lézard apeuré, puis s'évasent vers quelques combes fleuries, où le lit du ruisselet se devine entre les sinueuses rangées de bouleaux et de saules. Sur les versants, les damiers de cultures alternent leurs nuances; d'un bouquet de taillis, d'un buisson d'aubépines, fusent des gazouillis piquant de trilles sonores le ronron monotone des aubes d'un moulin. Et, à mesure qu'on accède aux larges et ravineaux gradins du plateau condruzien, apparaissent, plus fréquentes, les confortables fermes wallonnes, à la grande porte charretière, au vaste toit tacheté du vol blanc des pigeons, îlot de pierre dans la mer des pacages herbeux et des moissons moutonnantes.

                                          Et si, quittant les vallons encaissés, les criques poissonneuses, les collines embroussaillées, les prés bouquetés de pommiers, les "Tempes" aux eaux limpides, les clos verdoyants et les hautes futaies, on gagne un de ces promontoires du pied desquels s'infléchit mollement la courbe du fleuve, on découvre mieux encore les magies de cette région.

 

                                             F.J-L : 26 mai 1962

 

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