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4. 2. 12- Le bureau de poste.

 

 

 

                                            

 

 

                                             Bâtie en pierres de taille de la région, le bureau de poste de Sclayn a gardé son visage austère et serein des générations écoulées. D'un style commun à toutes les maisons qui l'environnent, se présence se décèle avec difficulté. Des contrevents verts contrastent avec ses fenêtres aux grandes vitres; au-dessus, un panneau porte l'inscription "POSTE". A droite, près de l'entrée, peinte d'un rouge vif, la boite aux lettres reçoit avec bienveillance les messages avant leur envol autour du globe. Incorporées aux mœurs de la localité, les gémissements plaintifs que pousse la lourde porte d'accès en chêne, n'émeuvent plus personne. Devant l'office, s'étale un large trottoir qui surplombe la chaussée. Choisi comme arrêt d'une ligne de tramway, et aujourd'hui d'autobus, cela lui prodigue à certaine heures, des regains d'animation.

                                             Les bureaux, bien éclairés, ne sont accessibles que lorsqu'on a franchi un petit réduit sombre et lugubre. Les murs sont tapissés d'affiches d'une fraîcheur douteuse. Une cloison à demi-vitrée divise la salle. De l'autre côté, se tient une femme replète, parfois serviable. Une écritoire se dresse face au guichet central et entre les deux fenêtres. Un crayon pend à sa droite, sans doute pour suppléer au manque d'encre. Et toujours le même petit monde échange en un wallon savoureux les innombrables potins. On se croirait dans un bureau d'un journal à grand tirage.

                                             Le moment est venu de se rappeler que "patience vaut plus que force et que rage". Ainsi donc, en attendant que son tour vienne, on a tout le loisir d'apprécier la décoration des murs. Rien d'autre n'attire autant l'attention que ces affiches, si vétustes fussent-elles, évoquant quelques faits écoulés, voir même certains de nos "hobbies".

                                             En voici une, par exemple, représentant un facteur distribuant le courrier du cœur. Immanquablement, elle nous renvoie à notre correspondance intime et nous plonge dans une longue rêverie, interrompue par des comptes d'intérêt de placement, des recherches de timbres-poste manquants à notre collection, des calculs de probabilité, des soucis de relations, de désapprobation du nouveau tarif postal, de lecture de règlement, ... jusqu'à se rappeler le dégrèvement de taxes trop perçues promises par le receveur des contributions.

                                             Après ce voyage dans le monde de la pensée, nous nous sommes laissé dépasser par un client énervé et pressé. Pour s'excuser, il vous raconte sa vie en s'éternisant sur les pires banalités. Parfois des amis, guère plus charitables, vous accaparent avec insistance. Et, finalement, on en vient à se demander la raison de son déplacement !

 

                                             F.J-L : 5 nov.1961

 

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