Pages A4 - 102 à 110. 

 

4. 4- Caserne de Düren. (1965-68)

 

 

 

 

 

 

                                           Ayant demandé de pouvoir permuter avec mon camarade Henri Paquet, le lundi 27 septembre 1965, je regagnais Düren (situé à mi-chemin entre Aachen et Köln), quartier Handzaeme, où je fus affecté à la 17e Brigade Blindée, dont le chef de corps était le colonel Marcel Floquet et qui se compose de: 1er Bataillon de Lanciers, 1er Bon de Guides, 4e Bon Carabiniers Cyclistes, 2e Bon Chasseurs à Pied, 19e Bon Artillerie à cheval, 17e Compagnie d'Ordonnance, 17e Cie Médicale, 17e Cie Quartier Maître & Transport, 15e Cie Génie, 17e Escadron Reconnaissance et de l'Escadron Quartier Général (je faisais partie de ce dernier). L'ordre de bataille était: Chef d'Etat-Major - Lt.-Col. Camille Petit, S1 (Personnel) - Cdt. Albert Fairon, S2 (Renseignements) - Cap. André Masson, S3 (Opération & Instruction) Cap. Laurent Saive, S4 (Logistique) - Cdt. André Matagne, S5 (Education) - Cap. Maurice Hollandts, OTr (Transmission) - Cdt. Pierre Lepape, OSC (Service Culturelle) - Lt. Jacques Castagne, Escadron QG - Cdt. Théo Arnould, Maintenance - Cap. Guy Becker, Administration - Sous-Lt. Francis Merckx, RSM - Adj. Bertin F., Welfare - Adj. Dinjart F., Ravitaillement - 1er chef Roland F., Maintenance - 1er chef Delattre, Charroi - 1er Sgt. Mullender, Matériel de transmission - 1er chef Victor Lefèvre et moi pour la Réparation du matériel de transmission. Il y avait aussi le brig. Crépin, magasinier du matériel de transmission - brig. Deleter, service administratif -  brig. Van Wymeersch, ravitaillement - brig. Urbain, armurerie.

                                           Quant à Henri Paquay, il se maria le 9 octobre avec Maria Wielputz à Waimes. Evidemment, je fus intégré dans les divers rôles: garde, de semaine, de jour, planton, piquet, etc... et dans les nombreux exercices de terrain de cette unité dite "combattante". Du 23 octobre au 13 novembre commença ma première manœuvre par le camp (CPX) de "Vogelsang (chant d'oiseau), où tout est uniformément brun, sans un arbre, avec d'innombrables grands trous remplis d'eau et quelques ruines d'un village fantôme... Le site n'a rien d'enchanteur, contrairement à son nom ! Maintenant, ce fut à mon tour d'être contrôlé par, notamment, certain de mes anciens collègues. Malgré qu'Henri, mon prédécesseur, était le premier de classe, il n'avait pas l'expérience que j'avais acquis à Aix pendant deux ans et que je mis à contribution. Ainsi, lors du passage des inspecteurs du 8 TTr, tout le matériel était parfaitement dans les normes imposées, ce qui porta le résultat à 87 % au lieu des 68 % qu'il avait reçu l'an dernier. Et ce n'est pas le fait que je connaissais certains contrôleurs, car les règles sont strictes et vérifiées par des officiers intransigeants. Tl va de soi que je fus fortement félicité et remercié... au bar.

                                           À cette époque, j'appréciais plus particulièrement le "Pernod" au bar. Mais à la Brigade, il n'en n'avait pas. J'en ai parlé à l'adjudant qui me répondit qu'il n'avait pas suffisamment de consommation. Après quelques insistances, il décida de l'achat en me disant que forcément, je devais en boire. Le 8 mars 1966, je baptisais la bouteille et les autres, évidemment, m'y encourageaient. De telle sorte que quand la bouteille fut vide, on me ramena dans ma chambre. Cependant, le lendemain, nous partions en manœuvre. Ne me voyant pas arriver, mon chef, Victor Lefèvre dit Toto, vint me secouer dans mon lit, ce dont je ne me rappelle pas, et parti sans moi. Je ne me rappelle plus de cette journée, c'est seulement le surlendemain que dans un état vaseux, je ressentais des douleurs un peu partout. Après plusieurs tasses de fort café, je me rendis à l'infirmerie et dis au docteur que j'avais des douleurs dans le ventre. Il m'ausculta et appela une ambulance qui me conduisit à l'Hôpital Militaire de Cologne pour, d'après lui, une crise d'appendicite. J'étais tout d'abord retourné dans ma chambre pour préparer une valise et l'ambulance m'attendait, dans lequel je montais à côté du chauffeur. C'était un milicien tout heureux de pouvoir faire fonctionner la sirène. Arrivé à l'hôpital, des infirmiers ouvrirent la porte arrière en demandant où est le gars ! Ils me firent monter sur un lit, je suis resté 10 au 14 en observation dans une chambre seul et j'ai toujours mon appendice... Bien entendu, cela à bien fait rire mes collègues lors de mon retour en me disant qu'il y avait encore des bouteilles de Pernod à vider. Cela ne m'en a pas dégoûté, seulement d'être plus prudent.

 

 

                                               Du 7 au 24 avril 1966, j'effectuais un voyage au Liban où j'eu comme guide une correspondante: Léna Gulesserian de Beyrouth (voir chapitre: Le temps des voyages) dont je perdis son contact après sa 26e lettre en juillet 1967. Le 24 mai, ce fut la prise d'armes avec revue et défilé à l'occasion de la prise de Commandement de la 17e Brigade Blindée par le Colonel Albert Libion en présence du Lieutenant-Général Melchior, chef de corps de la garnison de Düren. Le 4 août, le Général-Major Werbrouck nous rendit visite suite de sa prise de Commandement de la 16e Division, en remplacement du Général-Major Vivario. Un autre camarade: Maurice Cogniaux, se maria le 3 septembre 1966 avec Jeannine Béroudiaux à Sprimont. Quant au chat, nous venons de perdre "Poupousse" qui était tigré gris et n'avait que quatre ans. Sa particularité, il aimait manger les épluchures de pommes de terre, ce qui est assez étonnant. Maintenant, nous avons un blanc et noir qui, lui, aime boire l'eau au robinet, alors, nous l'avons appelé "Robinet".

                                               Du 4 au 9 septembre, Teresa et ses parents, avec leur Ford Anglia, vinrent visiter la Belgique et je les accompagnais également aux Pays-Bas. Le dimanche 4 au matin, nous avons fait une longue promenade à pied jusqu'au lieu-dit: "chant d'oiseaux" (3) à Sclaigneaux, où je lui offrit un porte-clés. L'après-midi nous nous sommes contenté du point de vue à partir du téléphérique, puis les jardins d'Annevoie, où à la fontaine des amoureux on prononça un vœu, et ensuite Dinant. Le lendemain, Waterloo, Bruxelles et Anvers. Le mardi 6, Amsterdam, Rotterdam et La Haye. Le 7, le Zuiderzee, la Frise et le Limbourg. Le jeudi 8, Maastricht, Liège, Huy et retour à Sclayn, où j'ai projeté mes différentes diapositives de mes voyages, et le lendemain ce fut leur départ pour le Portugal, via le Luxembourg (voir chapitre 6.4). Le samedi 1er octobre, je me suis rendu à Paris pour y rencontrer une correspondante de Casablanca, Josette Fleury. Son père avait mis à ma disposition une garçonnière à Bagnolet, près de la Mairie des Lilas, à trois rues de sa sœur et de son mari, au 13 de la rue de Noisy le Sec. Après avoir visité un peu Paris, en sa compagnie, je fus invité au soir à un bal. Là, elle connaissait beaucoup d'amis et je me retrouvais seul à table. Ayant refusé mes invitations à danser, je n'eus d'autre choix que de retourner à la garçonnière y faire ma valise et déposer la clef avec un petit mot dans la boite aux lettres. Je repris alors le chemin du retour. À sa 17e lettre du 24 octobre, elle m'annonçait s'être fiancée et mit fin à notre correspondance. J'avais également mis fin à la correspondance entretenue avec Marie-Thérèse Rigal de Montluçon après sa 12e lettre du 25 janvier.

                                               Du 12 au 26 octobre, ce fut à nouveau les manœuvres au camp de "Vogelsang". Le 15 décembre, il y eu des inondations catastrophiques un peu partout en Belgique. Du 26 janvier au 5 février 1967, ce fut encore les manœuvres au camp de "Vogelsang" (CPX). Il y eu aussi une démonstration du Groupement Missiles qui ajouta quelques trous et du 6 au 8 février, un exercice de mouvement et de liaison radio (FTX) dénommé Green Tronador. Du 6 au 18 mars, ce fut le camp de Höhne près de Hambourg avec la participation d'américain et de canadien. Höhne est une immense plaine marécageuse située dans la lande de Lünebourg d'une superficie d'environ 32 mille Ha. Le camp est un peu plus boisé et fait près de 16 kilomètres de diamètre. Quasi chaque jour fut tiré d'une extrémité à l'autre une fusée du type "Honest-Jones" transportée avec sa rampe de lancement sur un camion spécial, d'une portée de 15 kilomètres. Dès notre arrivée, nous avons fait la visite du camp de concentration de Bergen-Belsen, tristement célèbre durant la dernière guerre, où on y accède par la route de Hanovre. On y trouve quelques tumulus qui renferment des milliers de prisonniers exterminés. Des photos retracent les horreurs des activités de ce funeste camp. Les 11 et 12 mars fut combiné un exercice FTX Green Huas-Caran.

 

 1966-12-24 Düren

 

                                               Du 18 mars au 2 avril, je fis mon troisième voyage au Portugal durant lequel je visitais la Serra Estrela, la région de Porto et j'offrais à Teresa une bague sertie de 16 petits diamants, que j'avais acheté chez les parents d'Yvan Manolof au "centre bijoux-diamants" à Bruxelles (voir chapitre 6.5). Le lundi 28 juin survint le terrible incendie du magasin "Innovation" à Bruxelles où il eut 302 victimes. J'assistais le 1er juillet au mariage de mon compagnon de chambre, Germain Rommens avec Anne-Marie Meurice à Hanret puis à l'Hôtel du Cheval Blanc d'Eghezée. Il m'avait choisi comme chauffeur de la belle BMW noire des mariés. Du 8 au 30 juillet, je fis un voyage à San Francisco où je fus guidé par Marlène Muzac (une correspondante) ou Mitzi Halvorsen (dont j'avais fait la connaissance dans l'avion) qui habitait non loin à Danville au 223 Kuss Rd (Ph.: 837-6422). À  Montréal (Expo 67), je fus aidé par Louise Langevin, une autre correspondante qui habitait au 39 rue Transversale-Champs à Valleyfield, province de Québec au Canada (voir chapitre: Le temps des voyages).

 

 

1967-7-1 Hanret

 

1965 Poupousse 1967.2 Vogelsang

1965 Poupousse 

                                               Du 31 août au 13 septembre 1967, de retour dans la gadoue de Vogelsang où durant ce camp fut faite une démonstration de deux jours du Cercle des Officiers de Réserve ainsi que de l'EPSL dont je m'occupais de la sonorisation, bruitage et discours, avec du matériel d'un autre temps. Il y eu aussi deux FTX, Green Aconcagua et Green Maipo de trois jours chacun. Mon quatrième voyage au Portugal, du 16 au 24 septembre, était vraiment nécessaire pour basculer dans un tout autre monde nettement plus merveilleux et féerique, bien que certaines hésitations se fussent installées créant quelques doutes à un an de la fin de mon engagement à l'armée...

                                               Après le CPX du 1er Be Corps de 4 jours, ce fut le Ministre de la Défense National, Mr Poswick, qui accompagné du Colonel Weyns et de deux journalistes déclencha l'exercice "Pilule Dorée", le vendredi 13 octobre à 20 heures. C'était un test de préparation au combat exécuté sous la forme d'un exercice d'alerte avec évacuation des quartiers. Ce fut un brillant succès pour la 17e Brigade Blindée grâce notamment à la rapidité de mise en œuvre des liaisons radio. Les mats d'antenne de l'armée à assembler au sol avant le redressement avaient, avec mon insistance et ma persuasion auprès de l'OTR (Officier de Transmission), le Commandant Pierre Lepape, été remplacés par des mats télescopiques en aluminium, fixé aux chars, acheté dans une firme privée (Cotubex à Bruxelles) avec les bénéfices des bars et cantines. Ce qui avait considérablement réduit le temps de mise en réseaux. Ensuite, du 23 au 28 octobre, il y eut le CPX de la 16e Division, Black Cervin et puis celui de notre brigade, du 6 au 10 novembre, Green Chimborazo. Lors de la Fête du Roi, le 15 novembre, je fus invité au repas de corps de la 17e Bde. Bl. par l'adjudant Emile Mathieu. Suivi du 27 novembre au 2 décembre, un exercice "Lion 67" à l'échelon AFCENT dans le Luxembourg.

                                                Alors pour me détendre, le 2 décembre, je me rendis au camp Gabrielle Petit d'Hitfeld au bal de la Sainte Eloi de la 17e Compagnie d'Ordonnance où je fis la connaissance d'Anita Plas (°7.8.47). Son était caporal au 51e Bataillon de Génie et elle travaillait comme employée administrative avec Madame Soenen. Cette dernière et son mari vendaient des chaussures en été à La Panne, et que j'ai pu revoir par hasard à la mer en août 1984. Anita habitait dans la cité miltaire dénomée "Bastogne" au 19 Furchstrasse à Aachen et était originaire de Termonde. Le 18 décembre, nouvelle prise de Commandement de notre brigade par le Col. René Bergilez. Maintenant, je pèse 60 kg et mesure 1m72.

                                               Le 10 mars 1968, j'ai assisté au défilé du "Rosenmontag" (lundi des femmes au carnaval) dans les rues de Cologne. Après m'avoir souhaité dans sa 27e lettre, un bon anniversaire le 30 janvier, je restais sans nouvelles d'Héléna Najbar de Zarÿ en Pologne. De même de Germaine Bach Yên Nguyen Ngoc de Saigon au Viêt-Nam. Dans sa 18e lettre du 25 mars, elle me parlait de censure et de demande d'aide, mais mes lettres suivantes sont restées sans réponses. J'ai appris que le 13 février, les forces du Viêt-Cong ont mené une offensive jusqu'à proximité de Saigon et que la ville avait capitulé seulement le 30 avril 1975 pour devenir Hô Chi Minh Ville.

                                               Pendant les manœuvres, j'avais une petite remarque avec tout le matériel de dépannage et pièces de rechange. Comme mes appareils fonctionnait en 220 volt, je disposais d'un groupe électrogène et, petit à petit, je me suis équipé d'un petit réchaud, chauffe-eau, radio, rasoir, ... le tout électrique. Ce dont les autres ne disposaient pas étant logés sous tentes. J'avais disposé le comptoir de travail de telle sorte que je pouvais y installer un matelas pneumatique et un sac de couchage. Le matin, il y avait une file de tout rang pour venir brancher leur rasoir électrique, sauf un, le commandant d'escadron qui m'épiait constamment. Quand j'étais appelé d'urgence en dépannage et que j'avais omis mon béret, ou ne fusse qu'une main en poche, il avait son plaisir à me mettre aux arrêts. J'avais aussi accumulé pas mal de matériel abandonné ou détruit sur le sol, pour les récupérer, les réparer, ou les faires remplacer. De telle sorte, que j'avais décuplé mon stock même un émetteur-récepteur complet, que je pouvais passer les nuits tranquillement. Les opérateurs savaient ou trouver le matériel si une avarie survenait et je pouvais ainsi les réparer en journée. J'étais parfois sollicité par d'autres unités parce que leur réparateur était débordé. Au cours de plus grandes opérations, les officiers emportaient des télévisions et mon premier travail était d'installer les antennes. Pour les réfrigérateurs, j'avais fait fixer un niveau de maçon, car les terrains n'étant jamais plat, ils n'auraient pas fonctionnés.

                                               J'étais très bien apprécier par tous mes supérieurs, sous-officiers et officiers sauf un, le commandant de mon escadron QG, Théo Arnould, qui n'arrêtait pas de m'infligé toute sorte de punition ! Mais cette fois, il me retira l'autorisation du congé, préalablement accordé, du 6 au 21 avril 1968, alors que je ne pouvais plus annuler ma réservation par avion. Pour ne pas perdre mon argent, je retournais quand même une cinquième fois au Portugal, d'autant plus que je devais essayer de convaincre mon amie de préciser ses intentions (voir chapitre 6.6). Pour ce faire, je connaissais un endroit discret de la frontière, où ne se trouvait qu'un poste de douane allemand dans les bois du côté des cantons de l'Est. De retour à la caserne, comme si de rien n'était, je fus à nouveau perturbé par une terrible nouvelle, celle du décès le 26 avril de mon deuxième papa, Germain Smal, à l'âge de 66 ans, ce qui ajoute beaucoup d'interrogations en plus... Ce fut l'intervention de son filleul et neveu, le Commandant René Smal, qui me permit de rentrer en Belgique pour assister aux funérailles et aider ma mère dans ses démarches. Je reçus beaucoup de soutien de la part de mes chefs, sauf un, évidemment. Le 4 juin, j'achetais ma 2e voiture, une Ford Taunus 17M, toujours de teinte bleue ciel, d'occasion de 1964 avec 36.000 km au compteur (60.000 FB). Cependant, après une dizaine de kilomètre les pistons ont fondus parce que le vendeur avait omis de mettre de l'huile dans le carter. Alors, j'ai dû faire remplacer le moteur.

 

1968.6 Green Eifel A 1968.6 Green Eifel E

 

                                               Dans le but d'entrainer les unités logistiques de la 17e Brigade Blindée aux mouvements de jour et de nuit, au travail en campagne, aux réactions rapides lors des situations offensives et en cas de rupture de communications, aux problèmes de franchissement de cours d'eau et de se familiarisé au ravitaillement par air, une grande manœuvre du 10 au 14 juin engloba quelques mille hommes et 400 véhicules qui se lancèrent depuis Vogelsang sur les routes de l'Eifel. Les rênes radiophoniques de ce large réseau d'itinéraires et d'horaires furent solidement tenues par les "Full-tracks" du QG,  véritable cerveaux ordinateur de l'exercice. Comme notre matériel de transmission était en parfait état et bénéficiait même de réserves récupérées lors des opérations précédentes, je suivais plutôt en spectateur avec le Commandant Lepape. J'admirais les gigantesques sculptures de la nature qui surgissaient, immobiles et grandioses, à chaque tournant de cette pittoresque région. Les heures passèrent, le ciel s'obscurcissait, les colonnes pénétraient dans les bois pour y sommeiller quelques heures. Le jour ne s'était pas encore levé lorsqu'elles reprirent les routes, toujours téléguidées par le Quartier Général. Les troupes atteignaient enfin la vallée de la Moselle et contemplaient son versant sud, couvert de plants de vignes, vert émeraude comme les flots de la rivière. Les trains de camions et de jeeps, l'un après l'autre, passèrent les ponts et s'engageaient dans les voies en lacets qui grimpaient sur les plateaux boisés de l'Hunsrück. Une petite pluie fine ombrageait le début de l'après-midi qui n'incommode nullement les Belges ! Cependant, les lourds véhicules creusèrent des ornières dans les sentiers sylvestres devenus boueux. Les jeeps, qui les suivaient, patinaient et cahotaient drôlement en zigzag. Les soldats pataugeaient jusqu'aux guêtrons, s'installèrent pour manger et dormir un peu sur les hauts de la forêt de Kirchberg. En dépit de confort et d'un petit vent insidieux et glacial, ils plantèrent les piquets des tentes, pour assurer aux Full-tracks les liaisons radio optimales avec le déploiement de toutes ses hautes antennes. Après avoir essuyé une violente contre-attaque pendant la nuit, les postes émetteurs-récepteurs n'ont pas cessé de lancer des ordres. Dès avant l'aube, du sommet de la Forstkirchberg, on pouvait observer sur les berges de la Moselle, la construction par le Génie de quatre énormes radeaux, formés chacun de six énormes bouées et de rails gigantesque. Chacun de ces pontons était propulsé par deux bateaux vedettes qui pouvaient emporter deux camions et une jeep à la fois. Les hommes et les chauffeurs étaient fatigués; on le serait à moins après trois jours sans beaucoup de repos. Parfois, il faut faire appel à la grue montée sur un camion pour redressé de situations boiteuses les véhicules qui ratent l'embarquement. Le lendemain à huit heures du matin, à quelques kilomètres de Kastellaum, un petit groupe de spécialistes para-commandos balisait soigneusement un pré pour le parachutage de renforts, de vivres et d'essence, selon les données d'un ballon sonde, d'un anémomètre et d'un théodolite. Le ciel était assez dégagé, malgré la pluie intermittente. La base de Melsbroeck fut appelée, ainsi que les avions C119  en vol. Surgirent bientôt à l'horizon trois point noirs qui grossirent de plus en plus. Ces puissants avions à double queues s'approchèrent rapidement et leurs ronflements devinrent assourdissants. Ça y est, ils larguèrent de petits points blancs qui se transformèrent en majestueuses corolles. De grosses caisses de vivres et d'essence sont tombées dans la zone délimitée, un triple parachute pour une jeep, et quelques hommes en bérets rouges. La brigade s'est ainsi retrouvée renforcée pour continuer sa progression au nord de la Moselle.  Ce vaste exercice à une nouvelle fois démontré de manière éclatante la rapidité, la souplesse, la technique, en un mot l'efficacité de l'appui logistique de la 17e Bde. Bl.

1968.6 Green Carolo B 1968.6 Green Carolo G

 

                                               Depuis plusieurs années, le 2e Chasseurs à Pied de Charleroi participait aux nombreux exercices "Pronto" en RFA organisés par la 17e Brigade Blindée, dont elle fait partie. Aussi, du 24 au 27 juin, l'exercice Green Carolo se déroula en Belgique. Tout commença par le barrage de Gileppe pour suivre en réserve l'axe Marche-en-Famenne, Namur, Nivelles. Notre mission était plutôt celui du trouble-fête, puisque nous devions mener une guerre électronique sans merci et perturber les transmissions des autres brigades et compagnies. Nous avions en appui un détachement de l'aviation légère, hélicoptères "Alouette" et avions "Piper Cup". Avec l'OTR, le commandant Pierre Lepape, j'étais pour une fois un peu en spectateur. Comme je lui avais parlé de mes voyages, il me demanda si je pouvais aller chercher mes diapositives pour les lui monter à notre retour à Düren. Ainsi, je débarquai en hélicoptère, dans une prairie près de l'habitation de ma mère. Sur le temps que je rassemble mon matériel de projection et mes coffrets, il y avait déjà toute une foule autour de l'hélico, tout ébahit ! La manœuvre se déroula dans la bonne humeur et nous firent un arrêt à l'aérodrome civil de Temploux. Elle se termina pour une réception en musique à la caserne Trésignies, où le 2e Chasseurs, reçut tous les participants de cette façon chaude et simple qui les caractérise. Lors du retour en Allemagne, l'OTR fit arrêter tout le convoi sur la grand-rue, soit une centaine de véhicule, à hauteur de Sclayn, pour y saluer ma mère et boire une bonne tasse de café.

                                                 Je m'étais inscrit à toutes sortes de manifestations, c'est ainsi que le 3 juillet, je participais à Rheindalhen à une marche de 40 kilomètres. Bien sûr, on s'était beaucoup entrainer car malgré tout c'était assez pénible du fait que nous devions porter tout l'équipement de combat, mitraillette, sac à dos, etc. Le sac à dos devait présenter un poids minimum, alors je n'avais gardé qu'une gourde d'eau et un poste de radio. La musique me motivait un peu. Il y avait pas moins de 700 militaires des FBA qui y ont participés. Ce fut une journée un peu trop chaude pour cette occasion, heureusement tout au long du parcours, beaucoup de riverain nous donnait de l'eau ou nous arrosait. Un jour rentrant de permission par forte pluie, le moteur de ma voiture ralentissait de plus en plus même en accélérant. Je sorti de l'autoroute à une station d'essence et il n'y avait plus moyen de redémarrer. Alors, je téléphonais au service de dépannage allemand ADAC. Quand il arriva, il prit un chiffon, il essuya l'intérieur de la tête de delco et le moteur put se remettre en route normalement. Ce n'était pas grand-chose, encore fallait-il le savoir et il ne me fit rien payer. Une autre fois, toujours sur une autoroute allemande, les conducteurs des voitures qui me dépassaient, me faisaient des signes vers le bas de ma voiture. Je m'arrêtais sur la bande d'arrêt d'urgence et je constatais que mon pneu arrière droit était crevé. Comme j'étais équipé de pneus tubeless, je n'avais rien sentis. Seulement, je ne savais pas enlevé l'enjoliveur. Je fis des signes aux chauffeurs de poids lourds. L'un d'entre eux s'arrêta et lui montrais le problème. Il prit un gros tournevis dans son camion et le tour fut joué. Le 10 juillet, ce fut le mariage de Léopold Lison et de Christine Gustin à Fleurus.

1968.7 Nymègue B

 

1968.7 Nymègue H 1968.7 Nymègue J

 

                                               Je remis cela à Nimègue, du 16 au 19 juillet, mais là c'était 200 kilomètres à parcourir en quatre jours, sous la pluie. En fait, c'est en commémoration des combats du 17 septembre 1944 entre les troupes américaines et allemandes. Il y avait 16.476 marcheurs venus de vingt et un pays, dont 1085 belges. Ici, pas question d'individualisme, c'est tout le peloton qui doit arriver ensemble parmi les 70 détachements belges. Cette année, c'était notre Commandant de Corps, le Colonel Bergilez, qui dirigeait l'organisation de la participation belge et nous étions logés sous tentes au camp d'Heumensoord. Une petite ville en miniature où l'on pourrait facilement s'y perdre, un travail époustouflant fourni par nos hôtes. Ainsi, il leur a fallu monter quelque 600 tentes et 8.000 lits, préparer 18.000 rations dont beurrer 90.000 tartines durant la nuit. Le souper chaud est apporté au camp par trois camions de dix tonnes venant de Schaarsbergen, près d'Arnhem. Ils ont vissés 1.200 robinets, trois kilomètres de tuyaux, trois pompes électriques pouvant débiter 60 m³ à l'heure, deux génératrices de 75 kwh avec 20 kilomètres de câble et 3.000 lampes ! De nombreuses fosses pour les cigarettes et les détritus sont présentes un peu partout, les lavoirs et les toilettes ne manquent pas. Les prévisions se sont confirmées: que d'eau, que d'eau ! Pendant toute la nuit, c'était un crépitement continu sur la toile des tentes. Bref, quand il faut y aller, on y va. La brise fraîche nous oblige à se remuer: excellent stimulant pour les muscles engourdi ou raidi. D'ailleurs, après quelques kilomètres les muscles sont de nouveau prêts et les chants reprennent. Peu après la sortie de la ville, civils et militaires se familiarisent et se fondent en un défilé gigantesque, un mode unique ! Suivant les conseils du médecin, j'avais endurci mes pieds dans de nombreux bains d'une solution qu'il m'avait prescrite. Ainsi, j'ai évité les cloches et j'ai seulement perdu les ongles des gros orteils. Le dernier jour, la fatigue se cumulant, fut très pénible qu'on se demandait si l'on y arriverait. Alors, on se motivait l'un l'autre et la grosse voix du 1er chef Roland s'élevait des rangs: "Allons, encore un petit effort!", "Nous y sommes presque", "Il faut rattraper ce groupe-là!" ou "Allez, un petit cross..." L'un boitait, l'autre trébuchait et certains trouvaient le courage de supporter un compagnon en piteux état. Il fallait parfois attendre que le soigneur, qui suivait en vélo avec une petite remorque de premiers soins, ait terminé de panser l'une ou l'autre blessure ou effectue un petit massage. À cinq kilomètre du but, nous devions nous rassembler avec toutes les autres unités pour défilé dans la ville par rang de douze, soit toute la largeur de la route. Précédé par la musique de la 1ère Division Belge, fleuris et parfaitement alignés, nous défilâmes devant la tribune des autorités civiles et militaires. Peu à peu, on voyait grossir les spectateurs le long du trajet, qui nous applaudissaient, ce qui vous fait redresser d'un bon comme si vous veniez de commencer. C'est incroyable, il faut le vivre pour le croire, on ne sentait plus ses douleurs. L'enthousiasme du public et des participants est quelque chose d'unique qui crée une ambiance étonnante. Le colonel Bergilez nous épingla la décoration dénommée: "Vierdaagse kruis". J'étais vraiment heureux d'avoir participé à cet événement. Et même le soir, on pouvait encore danser en d'agréables compagnies... en profitant de la permission spéciale jusqu'à trois heures du matin, question de faire plus ample connaissance.

1968.7 Sclayn B

 

                                              

  Fin juillet, nous nous sommes retrouvés en famille à Sclayn chez Aline, avec tante Zabette et Dédé (qui sont là depuis le décès de Germain), et parmi mes frères et sœurs: Francine, Yvonne, Gaston et son fils Philippe, Richard avec Mauricette et leur fils Daniel. Il ne manquait qu'Emile. Du 16 au 18 août, je fis un séjour à Munich (Kommerz Hotel) pour y retrouver Teresa qui suivait des cours (Johannes Kolleg). J'eu encore un problème avec ma voiture, je ne savais plus changer de vitesse. Ayant passé manuellement en 2e vitesse, je pus aller ainsi jusqu'à un garage avec Teresa. C'était seulement un clip de la timonerie qui était sauté. Là aussi, le garagiste ne voulut pas se faire payer. Le dimanche nous sommes passés au lac de "Starnberg See" sur la route d'Innsbruck, avec son amie Clara Picarra (voir chapitre 6.7). Le samedi 7 septembre 1968, je quittais définitivement Dûren car mon engagement de neuf ans était terminé. Cependant, je fus versé dans la réserve de l'armée jusqu'au 31 décembre 1973. Je retournais seulement à Hitfeld, le 11 octobre, pour retrouver Anita Plas au bal du 51e Bataillon de Génie. Dans sa dernière lettre du 6 décembre 1968, elle m'annonçait s'être fiancée. 

 

                                             F.J-L : mars 2010

 

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