Pages A4 - 111 à 114.

 

5. Le temps des voyages (1959-1968)

 

 

 

 

5. 1-  Voyage à Rome (juillet 1959)

 

 

 

 

 

 

 

                                      Je me suis rendu à Namur avec ma mère, ainsi que 350 autres participants pour embarquer à bord d'un train spécial en partance pour l'Italie, via la Suisse. Il est 8h45, le moment du départ venu, nous quittons la gare et nous abordons le pont métallique qui enjambe la Meuse. La vieille citadelle disparaît derrière nous et c'est l'enchantement de cette vallée, si pittoresque. Nous franchissons bien vite les méandres sinueuses de la Lesse et nous gagnons la frontière luxembourgeoise. Malgré l'arrêt en gare de Luxembourg, le Grand-duché sera vite franchi. Vive la France ! De Thionville, nous traversons rapidement la Lorraine. Bientôt se dessinent à notre droite les masses sombres du massif des Vosges. Nous longeons la vallée du Rhin et nous atteignons Strasbourg, capitale de l'Alsace où de nombreuses cigognes ont perchés leur nid sur les plus hautes cheminées, ainsi qu'à Sélestat dont les toits sont pointus, les pignons et les balcons en bois. La Suisse nous apporte, dès Bâle, de beaux paysages: les escarpements s'élèvent, grosses bosses riantes sous leur robe verte que tâchent, çà et là, des bosquets d'arbres sombres. Puis, sans cesse, les perspectives deviennent plus sévères: la haute montagne apparaît, nue et admirablement ciselée dans le soir qui descend. Après avoir traversé de nombreux et longs tunnels, nous longeons un premier lac: Zügen. Nous voici bientôt à Fluelen situé au bord du lac des Quatre-Cantons. Nous dormons dans un petit hôtel accroché aux flancs de la montagne. A notre réveil, notre fenêtre s'ouvre sur un paysage d'une infinie beauté. Le Pilatus géant est sous nos yeux, au-delà de coteaux où toute la gamme de verts s'étale, éclairée seulement çà et là par le jaune d'un carré de blé et le rouge de quelques toits perdus. L'air fleure bon: il a le goût subtil des grands pâturages. On entend que les clochettes des troupeaux qui paissent dans les près et, de temps en temps, les cloches de la petite église blanche au toit vermeil et pointu. Après le déjeuner et la messe dominicaine, nous quittons le lac. Voici le tunnel du Saint-Gothard, et ensuite nous longeons le lac Majeur, étincelant sous le soleil. Nous traversons maintenant l'Italie, des campagnes immenses, interminables, à perte de vue. Et voici la Toscane, la ligne dentelée des Apennins et c'est l'Arno que l'on franchi. En quittant Florence, on jette un dernier coup d'œil sur son dôme construit par Brunelles et son Campanile dessiné par Giotto, la tour de son vieux palais, les clochers de ses églises. Voici la cime dentelée du Soracte, derrière lequel le Tibre descend vers la ville et les montagnes de la Sabine. Nous sommes au Latium et la campagne romaine paraît. Le paysage a nettement changé d'aspect. L'ondulation continue du sol, les brusques ravins qui le coupent, les bâtiments de ferme fortifiées, les pacages sans fin où bondissent des troupeaux aux cornes hautes, la ruine dressant sa masse sans figure, qui fut temple, tour ou tombeau. Il nous reste le temps d'évoquer de très courtes rêveries car la nuit se dérobe à nos yeux.

                                      Voici la Ville Eternelle où nous passerons une semaine et qui est déjà plongée dans les ténèbres. Lors des visites guidées, nous pûmes admirer plus de dix siècles d'histoire qui sont concentré sous nos yeux. De l'Arc de Titus, on passe au temple de Divus Romulus, à la Nécropole archaïque remontant au IXe siècle avant J.C. et de là au temple d'Antonin et Faustine, transformé en église chrétienne, à la Basilique Emilienne, à la Curie, au Comitium, à la tombe de Romulus, à l'Arc du Septime-Sévère, au Volcanal et au miliarium aurem. Ensuite, on passe à la Basilique Julienne construite par César, au temple de Castor et Pollux et de là, au Temple d'Auguste, à la Régia où l'on conserve les actes des Pontifes, au temple  de Vesta et la maison des Vestales pour arriver au Temple de Vénus, pour achever notre visite en allant admirer le portique du temple des Consente, le Temple de Vespasien, celui de la Concorde, la Prison Mamertine où St. Pierre aurait été enfermé, et ensuite la Tabularium, solennelles archives de l'Etat Romain. Mais nous n'avons rien dit des merveilles du Palatin qui comporte un nombre impressionnante de ruines imposantes. Cette colline vraiment sacrée pour l'humanité, forma tout d'abord la Rome Quadrata.

 

Collage Rome#

De gauche à droite: Colisée, monument Victor-Emmanuel II, Place de la République, Château St. Ange, Fontaine de Trévi, Basilique St. Pierre et une vue aérienne de Rome.

 

                                      Nous visitâmes les Palais du Vatican avec les chambres de Raphaël et la chapelle Sixtine, la place St. Pierre d'une longueur de 340 m. sur 240 m. de large ceinturé d'un double portique formé de 284 colonnes avec en son centre l'obélisque provenant d'Héliopolis et de deux magnifiques fontaines. Quant à la Basilique, elle ne se décrit pas, on l'admire dont on peut contempler avec une stupeur mêlée d'émerveillement la Piété de Michel-Ange, la chaire de St. Pierre, le Baldaquin en bronze doré de Bernin, on s'extasie devant la richesse des marbres ainsi que devant le nombre imposant des monuments et des œuvres d'art, on reste frappé d'étonnement devant la vasteté de l'intérieur et la majesté suprême de ce joyaux de la Cité du Vatican, ce minuscule état si riche en trésors inestimables dépassant celle des plus grands empires. Il existe à Rome, dit-on, autant d'églises que l'année a de jours, mais nous n'en parcourons que quelques-unes. Comme St. Jean de Latran, dédiée à St. Jean l'Evangéliste dont sa façade principale de Galiléi (1736) est admirable, la Porta Santa, l'Autel Popol, le merveilleux Cloître des deux Nassalletti et le Baptisphère Constantinien. Ste. Marie Majeure construite par le pape Tibère en 366. La Basilique St. Paul hors les Murs qui fut fondée par Constantin en l'an 314, saccagée par les Sarrasins, détruite par un incendie en 1823 et chaque fois reconstruite. On reste ému devant la tombe de Paul de Tarse dont l'autel est surmonté du célèbre Tabernacle d'Arnolfo di Combio. Les quatre Basiliques patriarcales sont également passées en revue. Depuis l'autel des Catacombes jusqu'à la basilique paléochrétienne, du roman, gothique, renaissance, contre-réforme jusqu'au baroque, c'est toute une échelle de styles que l'on retrouve dans le Temple de l'Urbs. Il est évidemment impossible de faire visite à chacune.

                                      Au hasard des promenades, nous visitâmes le château Saint-Auge près du pont du même nom. Ce mausolée fut construit par l'empereur Adrien, devint forteresse en 271, prison sous Théodoric, siège du Conclave de 1159, refuge des Souverains Pontifes, de nouveau prison et lieu d'exécution. On ne peut ignorer l'imposant Colisée construit entre 72 et 80 après J.C. qui fut fortement endommagé par plusieurs tremblements de terre. Ce grandiose amphithéâtre, capable de contenir 50.000 spectateurs, vit se dérouler sur son arène des combats de gladiateurs et de bêtes féroces. Un décor magnifique l'encadre, c'est le Parco Oppio renfermant des vestiges des Thermes de Titus et en face le Parco Trocanéo. Tout à côté, l'Arc de Constantin construit en 312 en souvenir d'une victoire sur Maxence. Outre les ruines de l'Aqueduc du Palatin et celles du Forum de Verva, le Palais du Littorio, la Basilique des Argenteries, nous arrivons au Forum d'Auguste qui est le plus majestueux des forums impériaux. Construit en 42 avant J.C., il commémore la bataille de Philippe. La basilique Ulpierme, les Bibliothèques, le Temple de Trajan et la fameuse colonne d'une hauteur de 33 mètres forment un ensemble qui n'a point son égal. Etc ...

 

Plan de Rome#

                                      C'est le mercredi que nous nous rendîmes à Castel Gondolfo où sa Sainteté le Pape Jean 23 nous accorda une audience. C'est une salle immense pouvant accueillir 20.000 personnes. Pendant plus d'une heure, le Saint Père parle, salue, puis donne sa bénédiction à la foule qui aussitôt se déchaine, vacarme inimaginable et la phénoménale bousculade que constitua la sortie à l'issue de l'audience. Cette journée constitua un impérissable souvenir de voyage. Le jeudi fut réservé à une excursion consacrée à Naples. Terre de mythes où se perd les origines de l'ancienne cité grecque Palépolis. Avec sa position géographique, son climat doux et salutaire, au centre de son golfe, elle est ouverte au commerce maritime, au croisement des civilisations la plus disparates et est une des métropoles les plus importantes d'Europe. La proximité du Vésuve nous conduit naturellement vers Pompéi, fondée au Ve siècle avant J.C., qui fut entièrement ensevelie par son éruption en 79 après J.C. Sa disparition sous l'épaisse couche de lapilli et de cendres dura jusqu'au début du XVIIIe siècle. La résurrection de Pompéi après les fouilles est la plus grande récompense que Naples offre au touriste. C'est une découverte qu'il fait lui-même à chaque pas à mesure que, des portes de la ville antique, il s'avance dans la via dell'Abbondanza, dans les forums, dans les théâtres, dans les belles maisons du Faune, des Vettii, des Amours dorés de Poppeo Abito, du Ménandre, des moulins et fours, de l'Ephèbe, des temples grec, des termes de Stabies, de l'arc de Néron et dans la célèbre villa des mystères consacrés au culte dionysiaque, représentés en une superbe décoration murale. Le musée renferme des bibelots, des ustensiles, des objets précieux ainsi que des moulages en plâtres des animaux et des personnes emprisonnés par la lave en fusion qui sont figés dans l'attitude où le cataclysme les saisit. L'illumination nocturne, grâce à des installations de lumière parfaites et discrètes qui rendent un charme à la ville antique, a conféré un enchantement singulier à ses monuments.

 

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                                      Nous quittons Rome et nous arrivons le soir à Milan. C'est une ville nouvelle, moderne, aux larges artères avec quelques buildings. J'y ai pu admirer la célèbre cathédrale avec ses dentelles de pierre du style gothique flamboyant ainsi que la "Scala". Tôt, nous partîmes les yeux emplis des merveilleuses côtes de la mer Tyrrhénienne que nous avons longé de Rome à Gènes, sans se lasser d'admirer leurs flots bleus. A Pise, nous avons aperçu la célèbre tour penchée, mais hélas nous ne sommes pas arrêtés. A Chiasso, ville frontière, nous traversons monts et vaux, longeant tantôt le lac de Lugano et tantôt le traversant, découvrant ici une cime accrochée dans la brume et là-bas des neiges éternelles, nous avons atteint puis traversé le romantique Saint-Gothard. Dans la vallée que nous longeons à présent, court une rivière sauvage, au lit tapissé de pierres énormes, où s'engouffrent les innombrables torrents qui dévalent les flancs de la montagne. Mais à midi déjà, nous descendons au bord du lac des Quatre-Cantons où, il y a dix-jours, nous nous sommes arrêtés une première fois. C'est Fluelen dominée par des sommets sévères où l'on s'embarque sur un bateau de plaisance. Admirable et reposante traversée ! La montagne majestueuse nous encercle. Les mouettes blanches nous accompagnent et happent au vol le pain que nous leur lançons. Nous dépassons quelques villages qui sommeillent au bord du lac dont notre bateau fend rapidement les plots tantôt verts, tantôt bleus. Bientôt, Lucerne se profile. La traversée fut courte au goût de chacun, bien qu'elle ait duré près de deux heures. De l'embarcadère, des cars nous mènent à nos hôtels. Malheureusement, demain nous rentrons au pays. Mais je suis sûr que tous les yeux resteront encore longtemps emplis de beautés éternelles, reflets fugaces de l'Eternelle Beauté.

 

F.J-L 1960

 

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