Pages A4 - 121 à 123. 

 

 

5. 3. 02- Pampelune, une transition.

 

 

 

 

 

 

                                    Léger, débarrassé du fardeau des soucis, je roulai gaiement sur les routes de la forêt de la Sologne qui sont de véritables allées de châteaux. Ils mènent vers des sous-bois admirables, des domaines où rien ne vient troubler le repos et, vers des prés où s'ébattent des troupeaux d'oies et de dindons. Je savourai à ma guise les beautés des châteaux de Mer, Chambord, Blois, Amboise, et ... la liberté ! L'air était flamboyant et brûlait sans haleine. Ainsi, je m'arrêtai quelques instants à une auberge d'Onzain, face au château de Chaumont-sur-Loire, juste le temps de m'offrir un rafraîchissement. Alors que le soleil levant allume des lueurs fauves sur les troncs des pins, je reprenais mon chemin; m'enfonçant, tantôt parmi les cultures qui bruissent entre elles et vont mourir à l'horizon poudreux, tantôt au milieu d'arbustes délivrant d'âcres et pénétrantes senteurs. Un petit vent tiède arrivait, chargé d'une odeur résineuse, et m'enivrait du parfum de bruyères roses et de fougères arborescentes. De campagnes en campagnes, de villages en villages, de villes en villes, s'achevât cette traversée diagonale de la France, par des routes uniformément rectilignes, me dirigeant vers Pampelune.  

5.3.2A Bordeaux pont de pierre

                                 Devant Bordeaux, le fameux pont de pierre m'ouvrit bien grand ses bras. Sur l'autre rive, au grand complexe routier de la Place de la Victoire où se dresse la Porte d'Aquitaine, grouillait une animation dense. Filant sur ma droite, je longeai les nombreux quais, côtoyant successivement les Chambres de Commerce et les Chambres des Métiers. La ville ne semble pas avoir perdu toute ses grandeurs et ses souvenirs innombrables en sont la preuve. On y rencontre surtout des quartiers populaires où les maisons s'avancent au milieu de la rue. Prenant comme repère les splendides flèches de la cathédrale Saint-André, je m'efforçai de regagner le centre. Mon attention fut attirée par la grosse cloche de l'ancienne Mairie, le grand théâtre, le monument des Girondins, la porte Cailhau, la tour de Pey Berland, et j'en passe ... Sans prendre la peine d'admirer plus longuement toutes ses remarquables beautés, je désertai les rues encombrées et confuses de cette cité pleine d'ardeur et bruyante d'activité. Par le pont Saint-Esprit, je filai sur Bayonne et, au passage, je pus apercevoir de nombreux jardins publics admirablement fleuris que rafraîchissent de magnifiques fontaines. Aussitôt, c'est Biarritz. Hors saison, sa plage, ses rochers, son casino et ses grands hôtels ne connaissent pas encore le fourmillement d'estivants qui lui est habituel. 

5.3.2B Biarritz

Biarritz sans ses touristes.

                                    Passant par la seule porte réellement ouverte entre la France et l'Espagne, entre 8 et 22 heures, je franchis le pont international entre Hendaye et Irún, et m'élançai à l'assaut des montagnes que serpente une route en lacets, dont on ne compte plus les épingles à cheveux. On y trouve les "monts gelés et fleuris", les sources, les cascades et le charmes des montagnes les plus vertes du monde; çà, ce sont les Pyrénées ! Cahin, caha, tant bien que mal, brusquement freiné à chaque agglomération, où les rues semblent tellement être des trottoirs qu'on a l'impression que tout le village s'est donné rendez-vous au milieu de la chaussée, Pampelune apparaît. Marquée par deux civilisations qui la divisent, elle paraît très gracieuse. D'une part, elle étale son élégance et sa prospérité. Dominée par des buildings, ses maisons ont des lignes de grandes allures. D'autre part, se retrouve son caractère médiéval, qui rappelle qu'elle fut la capitale du royaume de Navarre. Ce quartier, où le temps a doré les façades, est imprimé du courage de ses vaillants habitants qui sont les héritiers du passé et les enfants de la ville. Protégée par de puissants "muraillas" où veillent toujours quelques canons oubliés, la cité renferme de précieux joyaux. On y trouve la cathédrale San-Fermin, avec son très beau cloître gothique et ses chapelles remarquablement décorées. D'une étonnante beauté avec ses moulures resplendissantes, l'hôtel de ville brille de mille feux. En face de la maison du Cheval-Blanc, où se dégustent les meilleurs vins de la région, des artisans tissent de gros cordages à l'aide d'un rouet géant. Le pont-levis n'a pas cédé sous le poids des années et dispute à la "Portal-Nievo" le contrôle d'accès de la ville. Le 7 juillet a lieu la procession de la relique de saint Firmin ainsi que le traditionnel et célèbre "encierros" de taureaux lâchés dans les rues.  

5.3.2C Pamplune la cathédrale 5.3.2D Pamplune Hôtel de Ville

La cathédrale et l'Hôtel de Ville.

5.3.2E Pamplune

 

                                    En cette bonne vieille capitale de Navarre, grâce à une autre correspondante, Marisa Saez, je me familiarisai avec les mœurs et habitudes espagnoles. Entraîné par une cohue de sympathisants, je fouillai non seulement les archives de la cité, mais également tout le charme élogieux que font vibrer les habitants en l'âme même de leur demeure. Se lever, travailler, bah ... c'est sans panique ! Bien vite, il fait trop chaud et puis, pourquoi se fatiguer ? Oui, rien ne les met en déroute, gardant ainsi tout leur calme, ils resplendissent de joie de vivre et endorment leur éternelle inconscience de la tristesse. Cela nous attire et nous fait entrer dans leurs jeux. Savourant plutôt les fraîcheurs de la nuit et la chaleur convoitante des caves obscures, je m'astreignis volontiers à leur plus intense activité de la journée. Un immense bien-être m'avait envahi et j'eu bien de la peine pour échapper à l'exaltante manifestation de sympathie de mes nouveaux amis. Pampelune n'aura été qu'une transition joyeuse et amicale; déjà, il s'esquive derrière une colline tel un rêve se dérobant au réveil. Et je n'eus plus de nouvelles de Marisa ! 

                                             F.J-L : 3-5 avril 1965 - 1966

 

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