Pages A4 - 129 à 134. 

  

5. 3. 04- Lisbonne, l'enchanteresse.

 

 

 

 

 

 

                                            Le lendemain, dès mon réveil, ma chambre était inondée d'un soleil fantastique empli d'air vivifiant, ce qui me fit sauter du lit. Sous ma fenêtre ne s'étendaient que merveille à perte de vue, tel un rêve. Entre le rose et le blanc des maisons, le Tage étalait sa splendeur bleue qui, dédaignant le sommeil murmurait sans cesse et faisait mourir ses ondulations majestueuses sur les plages déjà assoupies. Le sable resplendissait de lumière. Des dunes, enveloppées de multiples fleurs aux coloris fascinants, me parvenait leur enivrante fraîcheur. Le déjeuner et Teresa m'attendaient, ainsi que la cohue des beautés portugaises.

 

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                                            À l'approche de Lisbonne, la tour de Belém semble saluer les touristes avec une grâce infinie. Véritable forteresse, elle garde l'entrée de la ville comme une sentinelle. C'est une belle et originale construction du XVIe siècle du style manuélin, le plus parfait exemple de l'architecture militaire portugaise à l'époque des grandes découvertes maritimes. Au caractère romano-gothique s'ajoute des éléments de décoration mauresque. Cette tour massive et carrée est ornée de balcons, de fenêtres géminées et de décorations manuélines: sphère armillaire, croix de l'Ordre du Christ, cordages, coquillages. Du côté du Tage, s'ouvre une loggia, soutenue par des modillons gothiques. Notre-Dame de Belém, placée dans une niche finement sculptée sur la première terrasse de la tour, regarde le Tage, veille sur les bateaux et les marins qui s'éloignent vers le large. Les pêcheurs, avec leurs barques peintes de vivent couleurs, côtoient les paquebots, qui viennent accoster devant les gares maritimes de Rocha de Obidos ou d'Alcantara. La pêche terminée, la flottille rentre au "Cais do Sodré", toujours très animée.

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                                            En face de la tour, le couvent des "Jérónimos" commémore d'une façon magistrale le voyage de Vasco de Gama aux Indes. Les richesses rapportées d'Extrême-Orient par vaisseaux permirent d'en faire un véritable joyau de la gloire manuéline. Il fut épargné par le tremblement de terre de 1755, à l'exception du clocher pyramidal, remplacé par une petite tour couverte d'une coupole. L'église Santa-Maria de ce couvent, par l'élégance de ses proportions, donne une impression de légèreté. La nef et les bas-côtés sont séparés par de fins piliers octogonaux, couverts de bas en haut de sculptures représentant les thèmes de la Renaissance. La lumière, qui arrive abondamment des hautes fenêtres, leur donne presque la transparence de l'albâtre. La voûte, d'une grande hardiesse de construction, est lambrissée de fines nervures qui peuvent évoquer des branches de palmiers. Dans le magnifique portail ouest, au milieu d'une profusion de détails gothiques, on voit les statues agenouillées du roi Manuel Premier et de sa femme Dona Maria Soutenus par leurs saints patrons: saint Jérôme et saint Jean-Baptiste. Son cloître est considéré comme l'un des plus beaux du monde. Il s'élève en deux galeries superposées, dont les voûtes d'ogives sont soutenues du côté du jardin, par d'énormes piliers et réunis par des arcs appuyés sur de fines colonnettes sculptées. Une galerie circulaire court entre les deux étages. La pierre, maintenant patinée par le soleil, a pris un magnifique ton doré faisant ressortir les détails des motifs décoratifs de la Renaissance.

 

5.3.4C monument des découvertes

                                            Nous retrouvons, partout sculptées dans la pierre la vie de la mer: des vaisseaux, des mâts, des cordages qui s'élancent, des ancres, des amarres et tant d'autres motifs maritimes qui retracent ces impérissables aventures d'Outre-mer. À Belém, en effet, on a la sensation de partir à la suite des grands navigateurs, à la recherche des nouveaux mondes. Le somptueux monastère des Hiéronymites est devenu un des panthéons portugais. C'est là que repose Dom Manuel 1er, le roi immortel, Vasco de Gama, son grand capitaine, et Luis de Comoëns, le poète éternel. Rien de mieux que ces trois grandes figures, ne pourrait symboliser plus parfaitement la gloire de cette époque héroïque.

5.3.4D Lisbonne Praça do Comércio

 

                                            La plus jolie place du Portugal est la place du Commerce, qui est la véritable façade de la Lisbonne pombaline. Admirable de grandeur et d'harmonie, elle fut dessinée par le Marquis de Pombal, sur l'emplacement du palais royal érigé au XVIe siècle et détruit le tremblement de terre. Le côté sud, qui avance comme un balcon, est bordé par le Tage, dans lequel s'enfonce un escalier de marbre. Les édifices, qui l'encadrent, aboutissent en arcades sur la place baignée de lumière et de soleil; au centre, se dresse la statue équestre de Dom José 1er; en arrière l'arc de triomphe, orné des statues de Pombal, Vasco de Gama, Viriatus et Numo Alvarès.

5.3.4E Château Saint Georges

                                            Là-haut, le château Saint-Georges a gardé sa silhouette de vieille forteresse médiévale, grâce à une habile restauration faite pour célébrer le huitième centenaire du Portugal. La haute muraille, sur laquelle s'élèvent dix tours, se découpe dans le ciel. Le château fut le décor de la bataille qui se livra en 1147 entre les Maures qui occupaient le pays et les troupes du roi Afonso Enriques qui le reconquirent. On y voit encore la porte où Martin Moniz, au péril de sa vie, permit l'entrée de la citadelle aux armées portugaises après un siège de plusieurs mois. On peut à loisir se promener sur l'ancienne place d'armes transformée en jardin, ou faire le tour des remparts par le chemin de ronde. La vue s'étend vers la ville et plus bas se dresse, dans sa sereine austérité, la "", cathédrale romane construite au XIIe siècle. C'est là que fut baptisé saint Antoine. Plus haut, le monastère São Vicente de Fora, où saint Antoine entra dans les ordres de Saint Augustin. À l'horizon, les collines de l'Outra Banda arrêtent le regard.

 

5.3.4F Lisbonne la cathédrale 5.3.4G Elévateur Santa Justa 5.3.4H Ascensor da Bica

La "" (cathédrale), l'élévateur Santa Junta et le funiculaire "da Bica".

                                            Voluptueusement étendue sur la rive droite du fleuve royal, Lisbonne étincelle de tous ses toits, cependant que le bleu, le vert, le rose et l'ocre de ses façades lui faisaient comme un savant maquillage, nimbé par le soleil d'une lumière blonde. Dans ses rues, on n'y voit aucun vélo; par contre, il y a beaucoup de billets de loterie, des boutiques de friandises raffinées, des magasins de morues (entassées du sol au plafond), des ateliers (deux mètres sur trois) de sculpteurs sur bois, des étalages d'objets en argent recouvert d'une pellicule d'or avec souvenirs en filagramme, liège et céramique. Avec ses sept collines, et bien d'autres ..., la capitale construisit des ascenseurs publics qui permettent de se rendre d'une rue basse vers une autre bâtie quarante mètres plus haut. Il existe un des funiculaires constitués de deux trams jaunes ayant six petites portes, trente places et ... cinquante passagers, dont quelques-uns s'accrochent comme ils peuvent.

                                            Comme tout amateur de pittoresque, je m'aventurai dans l'Alfama, quartier typique d'origine Wisigothe. Il n'y a point de géométrie au service des règles techniques; on découvre, au contraire, à chaque pas, la plus grande confusion en matière d'urbanisme. C'est dans ce labyrinthe de ruelles tortueuses et étroites, où le soleil ne parvient pas à pénétrer et où d'un côté à l'autre, les habitants se serrent la main de chez eux, que se trouve la poésie qui séduit. Escalier, çà et là, pour passer d'un plan à l'autre; impasses obscures qui évoquent les temps médiévaux et les bagarres nocturnes difficilement réprimées par les forces de l'ordre; angles de maisons, au milieu des pignons lisses et d'étages avancés; croix de chapelle et blasons dispersés dans un désordre qui atteste d'un passé à la fois chrétien et noble; vestiges de remparts à côté d'arcs ou de murs fleuris; clameurs permanentes où se détachent, avec une poésie insurpassable, les cris des vendeurs; cohue continuelle de la foule pressée et de la marmaille en liberté; poissonnières et chats à tire-larigot, aux miaulements aussi plaintifs que les "fados" que chantent leurs désirs, leurs amours et leurs tristesses. Outre ce que seule la sensibilité esthétique pourra révéler du Portugais, toutes ces émotions séduisent.

5.3.4-I Place du Marquis de Pombal

 

                                            Au bout de l'Avenida da Liberdade, son plus beau boulevard avec ses six rangées d'arbres, ses nonante mètres de large, ses étangs où glissent des cygnes noirs, ses palmeraies et ses terrasses, le marquis de Pombal, du haut de ses quarante mètre de son piédestal de marbre, regarde la ville et le fleuve. Partout, il fait bon flâner, et notamment, à travers le parc Edouard VII, grandiose avec ses haies basses à angles droits et ses plantes fleurissant deux fois l'an, où la jeunesse joue au football et rêve d'Eusebio. Mais l'Estufa Fria (étuve froide) est bien plus romantique encore ... Elle offre en permanence une exposition de plantes étranges, originaires des différentes régions du globe. Protégé sous un filet filtrant, veloutant la trop ardente rigueur du soleil, ce jardin botanique me permit de ma prélasser en me promenant dans ses sentiers paradisiaques. Concurrençant toutes les grandes villes de la Terre, son jardin zoologique, avec sa grandiose collection de tous genres d'animaux, est un endroit de choix pour les amoureux. Je flânai aussi le long des échoppes près du Rossio et des étals de poissons de la ville basses où les "varinas" (marchandes), s'habituent mal à porter les chaussures obligatoires. En ces marchés, où se mêlent des vendeuses ambulantes avec leur marchandises sur la tête, montent les clameurs qui se ripostent avec vigueur et semble se faire écho.

 

5.3.4J Musée des coches

 

                                            Tout en flânant, une curiosité archéologique, la Casa dos Bicos (maison des diamants) ne manque pas de me ravir. Bâtie au début du XVIe siècle, elle appartint à la famille du grand navigateur Afonso d'Albuquerque; basse et toute en longueur, sa façade, où sont taillées des pierres en "pointes de diamants", à l'italienne, est d'une naïve originalité. Bien sûr, il y a également les musées comme celui des Coches, avec la plus somptueuse collection de carrosses et de voitures d'Etat, rêve d'autrefois à l'abri de cordelières de velours. Quant au musée de la marine, il possède un si grand nombre de pièces authentiques, de reproductions et de témoignages sur la glorieuse épopée qui honora la marine portugaise, qu'il faudrait y consacrer de longues heures. Et bien d'autres musées ont ce mérite, dont je tais mon admiration tant leur description serait interminable. Un autre incontournable est le zoo créé en 1884 et qui possède l'une des meilleurs collections dans le monde qui s'étend sur 16 hectares, abritant plus de 2.000 animaux avec plus de 300 espèces d'oiseaux, dont de nombreux perroquets…

 

5.3.4K Zoo Lisboa Aquarium  Lisbonne

 

                                            Une autre curiosité est l'aquarium Vasco de Gama, installé sur la route marginale Lisbonne-Carcavelos, au Dafundo. Cette collection fut organisée par Carlos Premier, l'avant dernier roi. À l'entrée du rez-de-chaussée, on y trouve une série d'invertébrés et de coquilles de mollusques. Au premier étage, des collections de vertébrés et plusieurs exemplaires de poissons, de cétacés, d'oiseaux aquatiques, un squelette du "Ziphus Cavirostres" et un exemplaire du "Kogia", dont il n'a que de rares spécimens. C'est un extraordinaire voyage sous la mer que j'y ai effectué car, l'ambiance naturelle des espèces, les couleurs et le décor aquatique sont parfaitement reproduits, que l'on se sent vivre au pays de Jules Verne à bord de son "Nautilus" et ... quel enchantement !

 

                                          F.J-L : avril 1965, septembre 1967

 

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