Pages A4 - 135 à 139. 

 

 

5. 3. 05- De Carcavelos à Guincho.

 

 

 

 

 

 

                                               Doré de soleil, lustré de l'éclat des verdures, de la luminosité de la mer et du ciel, Carcavelos parle de fraîcheur, de jeunesse et de repos. Devenu mon lieu de villégiature depuis quelques jours, le village m'a adopté et livré ses secrets. Longuement, en charmante compagnie, j'ai parcouru ses rues, mais principalement sa plage et ses rochers qui la délimitent. L'eau de mer et le soleil brûlant me transformèrent en "Portugais", portant mon enthousiasme à son paroxysme.

5.3.5A Parede maison typique

 

                                               Et voici Parede, plage que d'aucuns appellent le "Berck Portugais", parce que l'on y traite les maladies osseuses. Les roses et les géraniums couvrent les maisons, couleur de dragée, entourées de pins. C'est le domaine du silence et du repos. La petite église blanche s'orne de ferronneries noires, et ses toits roses se retroussent à la chinoise, rappelant que ce pays des conquistadores a enrichi et affiné son art au contact des civilisations d'Extrême-Orient... Après la Bafureira, où les vagues déferlent avec fracas sur des rochers abrupts, les villas se font somptueuses, les jardins plus vastes et plus fleuris encore, annonçant, dans un parfum de mimosas, la proximité des "Estorils", ces stations balnéaires cosmopolites qui connaissent une vogue mondiale. En hiver, leur climat est d'une douceur extrême; le Gulf-Stream, venant du sud, le réchauffe, et les montagnes de Sintra la protègent des vents froids. Main dans la main, nous nous sommes promenés volontiers sous les palmiers des avenues et dans les admirables jardins de sauges, de bougainvillées, de canas et de clématites, qui descendent en mosaïques éclatantes jusqu'aux arcades. Les collines d'alentour, vertes de tamariniers, de bambous et de pins parasols, abritent, dans des villas somptueuses, les hôtes de marque. Sur les pelouses tondues et sur les plages luxueusement aménagées, se rencontrent les rois en exil, les vedettes d'Hollywood et les milliardaires des deux mondes.

5 5.3.5C Estoril la plage

 

                                               On pénètre dans Cascais par le couvent par le couvent Santo António, dont ne subsiste qu'une charmante église tapissée d'azulejos. La baie incurvée, dans les eaux de laquelle se balancent d'innombrables bateaux, est protégée par un cap rocheux et par une forteresse. Ici, tout est bleu et tranquille; on a sauvegardé les traditions qui comptent parmi les plus beaux titres de noblesse du Portugal... Cascais ne fut longtemps qu'un village de pêcheurs, écrasé par la magnificence des Estorils. Aujourd'hui, les touristes affluent dans les ruelles raboteuses, dans les petits restaurants, où l'on sert des crustacés et de savoureux poissons grillés. Mais la ville a conservé ses coutumes. Les carrioles campagnardes, aux roues peintes de couleurs vives, côtoient les Chryslers et les Buicks: les élégantes se mêlent aux écaillères et aux pêcheurs en chemise de laine quadrillée. Le dimanche, dans les églises de "Nossa Senhora da Assunção" et de "São Pedro Gonzales", les mantilles sont plus nombreuses que les chapeaux de Paris et de Londres. Lorsque, lassé des vagues et des rochers, on a soif de verdures sylvestres, il ne faut pas aller loin pour trouver les genêts, les fougères, les insectes bruissant dans les caroubiers, les lapins traversant les routes: la montagne s'offre avec ses paysages silencieux et sauvages. En allant vers Malveira, par exemple, on croise des femmes aux foulards fleuris, montées sur des ânes avec des paniers; on découvre des bourgades blanches, des fontaines, des moulins à vents, et c'est, en un instant, tout le charme des plus lointains villages portugais qui surgit...

5.3.5D Baie de Cascais 5

 

                                               De Cascais, la côte, qui mène à la vaste plage de Guincho, se fait peu à peu sauvage. Les arbres se raréfient, les fleurs aimables font place aux rudes "fleurs du midi", qui n'ouvrent leurs robustes pétales qu'en plein soleil. Toute la grâce, toute la "gentillesse" des plages précédentes s'efface: nous pénétrons dans le libre domaine du vent, un vent romantique qui fait flotter manteaux et cheveux. Dans la "Boca do Inferno" (la bouche de l'enfer), ce vent se fait volontiers diabolique. Ce gouffre célèbre s'ouvre dans la falaise aux jours de tempête, dans les rugissements et le fracas des eaux. C'est un cratère bouillant, une chaudière infernale... Des amoureux déçus l'ont souvent choisi pour mettre fin à des jours devenu intolérables, et ce gouffre des suicidés ne manque pas d'attirer de nombreux curieux.

 

5.3.5F Boca do Inferno

 

                                               Pour rendre la rude côte d'après Cascais plus humaine et plus accessible, on a taillé des marches dans la roche, fixé des planches au-dessus des crevasses et, tout au long de la route, des poteaux, ornés de poissons peints, guident les pêcheurs. Au-delà des rochers, on voit, sur la route verte, des pêcheurs étendent leurs filets ou pêchent dans des bateaux aux mâts baissés, selon l'antique manière des hommes de Galilée. Et, brusquement, apparaît l'immense plage de Guincho, où viennent déferler les vagues sauvages d'un Atlantique libéré de toute mondanité. L'odeur des roses et des mimosas s'est évanouie, et aussi le parfum subtil des belles joueuses de baccara: à Guincho, on ne respire plus que l'odeur du sel. Les arbousiers croissent, opiniâtres à travers les pierrailles dorées, jusqu'au seuil du vieux fort. Là, il n'y a pas de place; de simples, mais fort plaisantes, auberges, battues par les vents, où l'on vient manger des oursins et des crevettes en regardant la mer. Au loin, la "Serra de Sintra" se dessine dans toute la puissance de son architecture, déroulant ses ondulations jusqu'au "Cabo da Rocha", la pointe la plus occidentale de l'Europe, qui s'avance en direction des Amériques. À cet endroit, gît une pierre où, en portugais, est gravée cette phrase: "Où la terre finit et où la mer commence". Ainsi, errant tout au long de cette merveilleuse "Costa do Sol", je pus découvrir cent paysages divers, de la sérénité fleurie des plages luxueuses aux éclats d'un Atlantique sauvage et déchainé.

5.3.5G Cabo da Rocha

 

                                         F.J-L : avril 1965, septembre 1967

 

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151 Portugal