Pages A4 - 140 à 143. 

 

 

5. 3. 06- En cheminant vers Fátima.

 

 

 

 

 

 

 

                                       B ien que la "Côte du Soleil" fût la contrée qui retint toute mon admiration et éprouva mes sentiments, je suivis quelques tracés de routes, en ces terres que je trouvai délectables. Quelques pas de plus me procurèrent d'autres souvenirs très précieux, qui jalonnent, dans les villes et les villages, tout au long du chemin menant à Fátima. Je rencontrai, tout d'abord, sur la grande place d'un bourg, le château de Queluz. C'est une ancienne résidence royale, entourée de remarquables jardins, dessinés dans le goût de Versailles. La façade de cérémonie rappelle le ciseau de Gabriel. Avec l'escalier et la colonnade des Lions, on accède à une suite de salles et de salons, ornés de peintures et de riches boiseries. Les parties architecturales les plus intéressantes sont la salle du Trône, du style Louis XV, et le salon de Don Quichotte. Les jardins fleuris, agrémentés de statues allégoriques, de bassins et de fontaines, s'ouvrent sur une terrasse. Près de l'escalier des Lions, s'allonge un grand bassin aux murs revêtus d'azulejos.

 

                                       À Sintra, le palais offre un curieux ensemble de constructions, où se mêlent les styles gothiques, mauresque et manuélin. Il apparaît dominant la ville de ses étranges cheminées coniques, semblables à deux énormes pains de sucre qui pointent vers le ciel au milieu de la verdure. Les restaurations successives en ont défiguré quelques parties, mais il n'en est pas moins resté un véritable musée de l'azulejo mudéjar. Le coin le plus enchanteur du palais est le charmant patio, plein de fraîcheur, et la grotte des bains, d'époque manuéline, d'où l'eau jaillit d'orifices dissimulés dans le revêtement d'azulejos. À cinquante kilomètres au nord de Lisbonne, Ericeira, véritable station balnéaire, n'a pas que sa plage comme attrait, avec ses petites maisons blanches face à la mer que longent ses étroites et pittoresques ruelles. Dix kilomètres plus loin, Mafra, qui passerait inaperçu sans le magnifique et gigantesque Château-Couvent, avec ses précieux carillons.

 

 

                                       Obidos est une petite ville de l'Estremadura, isolée sur une colline et enfermée dans une imposante muraille restaurée, qui remonte à l'occupation mauresque. Un château médiéval, transformé en "pousada" (hôtel), occupe la partie la plus élevée de l'enceinte. Du donjon et de la terrasse, on domine la ville, blottie dans son rempart doré, et les environs. Les rues étroites, pavées, coupées d'arcades et d'escaliers, sont bordées de maisons d'une blancheur immaculée. Les femmes d'Obidos tissent d'amusants tapis multicolores, faits avec de fines lanières en tissus de coton. En face du pilori, surmonté des armoiries de la reine Léonor, s'élèvent l'église Santa Maria, dont l'intérieur est tapissé d'azulejos et, plus loin, la chapelle São Martinho du XIVe siècle.

 

 

                                       Alcobaça est célèbre depuis la création du monastère cistercien fondé par le roi Afonso Enriques en reconnaissance, dit-on, de la prise de Santarém aux Musulmans. Au XIIIe siècle, l'abbé d'Alcobaça était le plus haut dignitaire du pays, et l'abbaye le plus puissant centre artistique et culturel du royaume. Les moines venus de Clairvaux entreprirent, en outre, de grands travaux de défrichement et de plantation, et la région leur doit sa fertilité. La nef de l'église, la plus vaste du Portugal, suit les traditions bourguignonnes de Clairvaux et de Pontigny. Les bas-côtés et les travées s'élèvent à la même hauteur, couverts d'une voûte ogivale d'une grande élégance. Le cloître du Silence, attenant à l'église, est d'une architecture très sobre; il a été surélevé d'un étage. Iñès de Castro et le Dom Pedro 1er, les deux amants unis pour toujours et poursuivant leur rêve éternel, reposent dans une chapelle du transept de l'église, où ils sont placés pieds contre pieds, pour pouvoir, en se relevant au jour du jugement dernier, se précipiter dans les bras l'un de l'autre. Leurs tombeaux sont les plus beaux spécimens de l'art médiéval. 

 

                                       Nazaré, riant petit village de l'Estremadura, est bien l'endroit le plus typique et le plus pittoresque. L'agglomération est divisée en deux parties: la "Praia" et le "Sitio". C'est une station balnéaire familiale, mais surtout un village de pêcheurs. Il ne faut pas chercher un port, ni un quai; les barques ici viennent dormir sur la grève. Le Sitio domine la plage; on y monte par une belle route en lacets, ou par un funiculaire qui escalade le rocher. Ce promontoire qui s'élève à cent mètres au-dessus de la mer, offre un magnifique point de vue. La petite chapelle de "Nossa Senhora de Nazaré", but de pèlerinage très fréquenté, surtout par les pêcheurs, fut érigée pour commémorer un miracle de la Vierge, qui en 1182, sauva de la mort Dom Fuas Roupinho, alcaide (gouverneur) de Porto de Mos. La légende nous apprend que, lancé à la poursuite d'un cerf, le cheval, sur lequel il était monté, fut miraculeusement arrêté par la Vierge, alors qu'il allait franchir le précipice et une marque du fer à cheval est imprimée dans la roche. Toute la population de Nazaré vit de la mer. Mon séjour au Portugal aurait été bien incomplet si j'avais négligé de venir assister au retour des pêcheurs rentrant le soir, leurs barques lourdement chargées du butin de la journée. Les hommes sont vêtus d'une caractéristique chemise à carreaux multicolores, la culotte serrée aux genoux, le bonnet de laine tombant dur l'épaule. En groupe, les femmes attendent leur retour, assisses sur le sable. Elles sont souvent couvertes d'un grand châle, et portent sept jupes superposées, qui leur donnent une belle allure ondulante lorsqu'elles vont et viennent avec leurs lourds fardeaux sur la tête ! Elles aident à décharger les barques, à étendre les filets, à trier et à vendre le poisson.

                                       Le 15 août 1386, alors qu'il se battait contre les Castillans à Aljubarrota, le roi João Premier forma le vœu d'élever un monastère en l'honneur de la Vierge, s'il rentrait victorieux. Cette promesse est l'origine du monastère Santa Maria de Victória ou de Batalha (la Bataille). La pierre employée est un calcaire très tendre de la région, qui a pris, avec le temps, des tons pastel, rose et gris. L'édifice, couvert d'une terrasse, est orné d'une multitude de clochetons, de petites flèches et d'arcs-boutants, bordés de dentelle de pierre. Au-dessous d'une fenêtre flamboyante, on remarque, au portail principal, une centaine de statuettes de saints et d'apôtres entourant le Christ. La nef de l'église est d'une admirable sobriété; comme celle d'Alcobaça elle est très élancée. C'est dans la chapelle du fondateur que reposent les princes de la dynastie des Avis. Le tombeau du roi et de sa femme, la princesse anglaise, est surmonté des gisants se tenant la main. Sur le cloître royal s'ouvre la "Casa do Capitulo" (salle capitulaire), garnie de vitraux représentant les scènes de la Passion. Deux sentinelles y montent garde, près de la tombe de deux soldats inconnus portugais: l'un de la campagne de France, l'autre de la campagne d'Afrique. Au XVe siècle, le roi Dom Duarte fit commencer une grande chapelle octogonale, destinée à servir de panthéon aux rois. Il mourut quelques années plus tard, alors que la chapelle s'élevait seulement jusqu'à la naissance des voûtes et les travaux furent abandonnés.

 

 

                                       C'est à Batalha que commence la montée dramatique vers Fátima. Une étrange lumière semble éclairer mystérieusement la tour de l'église séculaire, au moment où nous partons pour la région sacrée, que la Mère de Jésus honora de sa visite. Le chemin monte lentement. Quelque part, le long de la route au pied des hauts sapins et des eucalyptus, une croix de pierre rappelle la montée au calvaire. Ensuite, les courbes se multiplient et le chemin serpente jusqu'au terme du voyage, sur le plateau éventré de la "Cova da Iria" (Couvent des forêts), à Fátima. La forêt a été abattue pour permettre l'édification d'un sanctuaire, qui s'élève sur une vaste esplanade où se tient la foule recueillie qui y arrive du monde entier, surtout les 12 et 13 de chaque mois, mais c'est en mai et en octobre que les pèlerins sont parfois évalués à plusieurs centaines de milliers. On se trouve dans une région formée d'une chaîne de montagnes rocheuses où la végétation devient rare. La nature montre sa rudesse et, cependant, c'est plutôt l'austérité du lieu que l'on découvre qu'un terrain tourmenté. Une fois atteint le sommet de ces monts escarpés, on pénètre dans la région choisie par la grâce divine, où, depuis 1917, la Mère de Jésus attire les regards de l'Univers. Comme à la Salette et à Lourdes, elle a choisi des âmes simples et pures de trois enfants innocents. Elle aime la simplicité des cœurs, qui ignorent le monde et n'ont pas été corrompus par lui.

 

 

 

                                             F.J-L : avril 1965, mars 1967

 

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