Pages A4 - 150 à 154.

 

 

5. 3. 08- Du "Grenier du Portugal" à la "Serra da Estrela".

 

 

105 Béja le donjon

                                        E  t soudain, le paysage change. La plaine fertile et brûlante de l'Alentejo est entièrement semée de céréale et la moisson occupe toute la population, les hommes fauches, les femmes lient les gerbes. Pour accomplir cette tâche, elles sont vêtues de larges jupes remontées et attachées aux genoux, jouant aux pantalons de Zouaves. De hautes bottines à lacets, recouvrant des bas de laine, protègent leurs jambes. Le châle, surmonté d'un chapeau de feutre, garantit la tête des rayons cuisants du soleil. Et les vastes cultures, chassant la passé, font de cette région le "grenier du Portugal".

                                         Au Bas-Alentejo, nous avons Beja, jadis importante colonie romaine, dominée ensuite par les Maures et qui fut reprise par le premier roi du Portugal. Quant au château d'origine romaine, le roi Afonso III le reconstruisit plus tard; le donjon date de 1310 et présente les mêmes caractéristiques que celui d'Estremoz.  Le couvent Notre-Dame de la Conception, fondé par l'infant Dom Fernando au début du XVe siècle, est aujourd'hui transformé en musée. C'est de ce couvent que Mariana Alcoforado, lors de son intrigue avec le chevalier Noël de Chamilly, écrivit les fameuses "Lettres de la religieuse portugaise". Dans les plaines, les chants lents et mélancoliques, dont la signification correspond à la monotonie de ce paysage, se font échos. En franchissant la plaine de l'Alentejo, j'y rencontrai Evora, la deuxième ville au moyen âge après Lisbonne. Les rues étroites, bordées de magnifiques maisons décorées en faïence et en briques découpées, présentent des loggias, des arcades et des patios. La cité possède de nombreuses églises, des couvents et des palais historiques. Parmi les monuments les plus remarquables, je citerai le temple de Diane, un des mieux conservés de la péninsule ibérique, dont de hautes colonnes corinthiennes se dressent sur un soubassement de granit. La "", de granit également et construite au XIIe siècle, est du style français de transition. Le toit, en terrasse comme ceux de Majorque, est bordé de créneaux de briques. Deux tours encadrent la façade: une flèche revêtue d'azulejos surmonte celle de gauche; de petites lanternes couronnent celle de droite. La croisée du transept est couverte d'un clocher roman, style Saintongeais qui rappelle les églises du Périgord.

Evora

106 Evora temple de Diane 106C Evora église

                                         Estremoz, entourée d'une enceinte fortifiée du XVIIe siècle, est une ville pittoresque et éclatante de propreté. Les bastions à la Vauban se relient par des courtines percées de portes monumentales, ornée de niches et d'écussons royaux. La ville haute, aux rues enchevêtrées, aligne de très belles maisons gothiques et manuélines dominées par la "Torre de Managem" (Tour d'hommage ou donjon), seul reste d'un château bâti en 1258; elle se dresse avec des plates-formes crénelées et des balcons sur mâchicoulis. C'est un centre agricole, mais aussi un pays de potiers. On y fabrique des "alcarazas", des vases en terre rouge cloutés de cailloux blancs, et surtout, ses délicieux bonecos (marionnettes en sucre). Près de la frontière espagnole, nous rencontrons Vila Viçosa, berceau des ducs de Bragance, superbe cité seigneuriale ensoleillée, aux places grandioses, dont les façades blanches (certaines en marbres blanc veiné de rose) tranchent harmonieusement sur une végétation luxuriante et de nombreux parterres de fleurs. En cette ville, au passé prestigieux, sur laquelle flotte un parfum d'orangers, presque chaque pierre ranime un souvenir historique. À Elvas, les rues étroites aboutissent à la grande place, pavée de mosaïques noires et blanches, comme un immense damier. Là, se dresse la ", avec sa tour pyramidale trapue, cachant une partie de l'esplanade près des restes du vieux château romano-mauresque. C'est de là qu'il faut admirer les nombreuses étendues de vergers qui, traversés par le bel aqueduc d'Amoreira du XVe siècle, montent aux flancs des collines, couronnés par les forts se Santa-Iuzia et de Graça.

107 Campinos du Ribatejo

Campinos du Ribatejo

                                         Le haut-Alentejo compte encore d'autres villes célèbres pour leur folklore pittoresque, leurs fêtes populaires, leurs danses régionales et leurs foires caractéristiques. Portalègre a, certes, un nombre respectable de sujets d'intérêts à offrir à ses visiteurs, tels que son beau vieux couvent de Santa Clara, le monastère de Saint Bernard et la vieille cathédrale. Construite en colisée sur la verdoyante Serra de São Marmede où l'on fabrique des tapisseries, la ville possède de nombreuses maisons patriciennes du XVIe siècle, admirablement conservées. À une vingtaine de kilomètres de cette dernière, Marvão, vieux bourg médiéval construit en nid d'aigle à six cent mètres d'altitude, et d'où l'on embrasse un panorama prestigieux. Et, à une distance de même proportion, Castelo do Vide, délicieuse petite cité fortifiée aux rues blanches et fleuries de roses. Aux environs, quelques vestiges préhistoriques et de riches ensembles ornementaux garnissent les portes et les fenêtres ogivales.

108 Santarém porte du soleil 109 Castelo do Bode

Santarem, porte du soleil et Castelo do Bode

                                         Le Ribatejo, aux grandes prairies qui s'étendent à perte de vue, baigné par les courbes poétiques du Tage, est la terre de l'élevage. C'est là aussi que vivent, en pleine liberté, les plus beaux chevaux de race. Les gardiens des taureaux, les célèbres "Campinos", sont des cavaliers émérites. Leur costume est aussi typique, aussi original, que celui des pêcheurs de Nazaré. Il s portent le "carapuça", c'est-à-dire le bonnet de laine verte bordé de rouge, la petite veste à bouton d'argent, le pantalon bleu ou brun et les bas blancs. Ils domptent leurs taureaux à l'aide d'une longue lance, dénommée "Pampilho". Contrastant avec cette vie agitée, une fontaine silencieuse se dresse devant nous sur la route de Santarém, chef-lieu de cette province. C'est la "Fonte das Figueiras" d'origine gothique; ce beau petit recoin nous remet en mémoire le temps des poètes provençaux. Une récente réalisation intéressante est le barrage de Castelo do Bode. Le mur, haut de 115 mètres, retient les eaux du Zêzere en un lac de 3.950 kilomètres carrés, au pied duquel est installée une usine hydro-électrique. Malgré cet ouvrage moderne, le site est resté pittoresque et verdoyant. Passé le barrage, le Zêzere continue sa course et coule dans une étroite vallée, où il prend une teinte turquoise avant d'aller se jeter dans le Tage, non loin d'Abrantes aux rues fleuries, juste en face du vieux château d'Almoural construit sur un îlot.

113 Tomar couvent du Christ 115 Tomar fenêtre style manuelin

                                         Dominé par le château des Templiers et le couvent du Christ couronnant la colline, Tomar nous livre les secrets de ces célébrités qui en font son orgueil. Le château fut, à partir de 1356, le siège des Chevaliers de l'Ordre du Christ pour remplacer celui des Templiers. L'un comme l'autre jouèrent un rôle important dans les grandes découvertes maritimes. L'édifice actuel date de plusieurs époques, dont la première remonte au XIIe siècle. Devenue le chœur du sanctuaire, l'ancienne chapelle en rotonde, ou oratoire, est entourée d'un déambulatoire à seize côtés, d'une architecture extrêmement rare. Le couvent du Christ possède sept cloîtres. C'est du couloir du cloître Santa Barbara, que l'on peut admirer cette étrange fenêtre connue dans le monde entier. Elle ouvre sur la salle du chapitre et présente extérieurement le style manuélin le plus extraordinaire. Surmontée de la croix de l'Ordre du Christ, les sphères et les armoiries de Dom Manuel, elle est entourée de petites colonnes décorées de guirlandes de fleurs et envahie par une multitude de cordages, de cercles de liège, d'algues, de madrépores, de chaînes, de filets et de coraux qui évoquent la mer et les navires armés par les Chevaliers de l'époque des grandes découvertes maritimes.

116 Castelo Branco parc-jardin 117 Castelo Branco escalier des rois

                                         En direction de l'Espagne, je rencontrai la charmante petite ville de province Castelo Branco, une parmi les plus anciennes de la Lusitanie, puisqu'elle date de l'époque romaine comme en témoignent les nombreuses ruines de ce temps lointain qui subsistent à ce jour. D'un considérable intérêt touristique et artistique, elle possède un grand nombre de monuments architecturaux de grande beauté, tels que la vieille cathédrale, la basilique de la Sainte Vierge, et notamment la somptueuse cour épiscopale, avec son merveilleux parc aux nombreuses statues de marbre. Le musée de la ville, avec sa belle collection de peintures et de tapisseries anciennes. Est un véritable joyau de l'art. Entourée d'une triple enceinte et perchée à 758 mètres d'altitude, sur une haute butte rocheuse, se cache Monsanto da Beira, qui est presque ignoré des excursionnistes. Si les rues étroites fourmillent de vieilles maisons à façade écussonnées, à portails manuélins et à fenêtres géminées, la cité, qui a l'air endormie, possède d'autres logis creusés dans le roc. Les restes d'un château fort, qui a résisté aux assauts de plusieurs sièges, dominent le paysage. Il y a quelques années, le Secrétariat National à l'information organisa un concours afin de découvrir le village "le plus portugais du Portugal". Monsanto, où sont pieusement conservés les coutumes ancestrales, le folklore et l'artisanat, eut l'honneur de sortir vainqueur de l'épreuve. Outre le titre glorieux qui lui était décerné, il reçut le coq d'argent qui orne la tour de Lurcain.

5.3.8L Sabugal le château

                                         Terreiro das Bruxas, "terre des sorcières", porte bien son nom, car j'y retrouvai là, la désolation des campagnes espagnoles. Au-delà de Sabugal, qui était en fête, la région devint vraiment saharienne, où n'existait que du sable sec et poussiéreux qui s'élevait en un épais brouillard après son passage. Les rares villages semblaient être des oasis, et les "piste" devaient se deviner. Au terminus, Vale de Espinho, près de la frontière espagnole, je revis un camarade de travail du 8e bataillon TTR, qui avait de la famille en ce village perdu. Pour m'y rendre j'avais demandé mon chemin et je me suis retrouvé avec une dizaine de jeunes dans ma voiture car j'étais aussi la première voiture depuis plusieurs semaines. La famille de mon collègue était vraiment si accueillante que nous y avons pris une collation. La salle à manger se trouvait au dessus d'une étable avec une grande table en son centre qui n'aurait pu être ailleurs vu que le sol de la pièce était concave !                  Rio Zezere Serra da Estrela et Caldas de Montaigas

119 Vale Montaigas, rio Zezere 120 Caldas de Montaigas

                                         Jusqu'à l'horizon, se trace le sillon d'un ruisseau asséché et, tout autour, plane un terrible silence. M'en retournant aussitôt vers Covilha, j'escaladai dès lors la plus haute chaîne montagneuse du pays, qu'est la "Serra da Estrêla" (montagne des étoiles). C'est un massif granitique, qui s'étend dans la province de la Beira Alta, avec comme point culminant, Torre, atteignant deux milles mètres d'altitude. Les sommets sont couverts de neige jusqu'en juin, le climat y est rude, et trois mois de l'année seulement échappent aux gelées nocturnes. Les pentes sont boisées jusqu'à 1.500 mètres d'altitude: sur les plateaux supérieurs, s'étendent de beaux pâturages, où vivent en été de nombreux troupeaux. Différentes stations servent de point de départ pour les excursions en montagne: Penhas da Saude, Penhas Douradas et la charmante pousada de São Lourenco, bâtie sur la route de Gouvia à Belmonte et dominant la vallée de Manteigas. 

117D Vale de Espinho 123 Torre 1991 m Torre

Vale de Espinho                                                              F.J-L : septembre 1965, mars 1967

 

<  Page précédente  -  page d’accueil  -  table des matières  -  page suivante  >