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5. 3. 09- Au pays du vin de Porto.

 

 

 

 

Coninbriga

126 Coninbriga les thermes 125 Coninbriga villa romaine

                                             D e la Montagne d'Etoiles, je dévalai au sud de Coïmbra pour aboutir au milieu des vestiges d'une riche cité patricienne. C'est sur les terres de Condeixa-a-Velha que prospéra jusqu'à la fin du Ve siècle une des villes les plus civilisées de la Lusitanie "romanisée" qui fut incendiée par les Barbares et complètement détruite par les Suèves. C'est de cette époque que date l'âge historique de Coninbriga, représentée par ses ruines qui sont aussi évocatrices que celles de Pompéi. Par miracle, à travers quinze siècles, ses admirables mosaïques, que des fouilles ont remises à jour, se sont conservées jusqu'à nous avec une fraîcheur éblouissante. Déjà de ce très beau site, l'air salin emplissait mes poumons et m'entraîna jusqu'à la "Reine des Plages Portugaises". La courbe gracieuse de sa baie, la couleur resplendissante de son sable fin, l'azur de ses flots, le paysage inoubliable dont on jouit de la hauteur boisée qui l'encadre au nord, sont de justes titres à sa renommée.                                    Coimbra et Figueira da Foz

126C Coïmbra 126B Figueira da Foz

                                             Mais Figueira da Foz allie à sa beauté naturelle ce que tout voyageur exigeant pourrait souhaiter: une vie bruyante et mondaine; calme doux et reposant. Pour les premiers, un nombre infini d'amusement se déroule sans cesse, il n'y a que l'embarras du choix ! Pour les seconds, sans trop s'éloigner de la ville, ils pourront facilement trouver ce qu'ils convoitent: les plateaux boisés invitant au repos; les petites plages du Cabo Mondego, émaillant les amateurs de pêche, car le poisson y est abondant et exquis. Et, en ce cœur du Portugal, j'y savourai aussi la longue traversée de la forêt de Buçaco.                            Buçaco et Viseu        

126D Buçaco 127 Viseu la cathédrale

                                             D'une superficie de quatre cents hectares, elle contient une remarquable variété de toutes essences: certains sont plusieurs fois séculaires. Les fougères tapissent le sol, les arbousiers et les bruyères sont arborescents, les philarias s'élèvent à dix mètres de hauteur. Partout, ce ne sont que sources, cascades, chapelles, ermitage; la "Fonte Fria", tapissée de mousse est une délicieuse fontaine en escalier de dix paliers. Quel panorama admirable que celui de la Cruz Alta, vieux calvaire au point culminant de la Serre de Buçaco ! Au centre de ce coin enchanteur, pointe un somptueux édifice de style manuélin qui servait de résidence royale, transformé en hôtel. Les bâtiments, entourés de galeries très ouvragées, sont dominés par un donjon couronné de la sphère armillaire. Les restes d'un ancien monastère des Carmes touchent l'hôtel, dont la chapelle, le cloître et de modestes cellules. Pendant des heures, je ma faufilai dans ces abondantes forêts, où tous les arbres prenaient, sous le soleil, des teintes argentées, tout comme les oliviers au clair de lune. C'est un paysage magique, une féerie...                   Aveiro et Vila Nova de Gaia

129B Aveiro 129D Vila Nova de Gaia

                                             De Curia, petite ville d'eau élégante, je fis un détour par Viseu, chef-lieu de la province de Beira Alta. Belle et médiévale, elle garde à ce jour le charme fascinant de son grand passé historique, dont témoignent, aussi bien les nombreux édifices du XVe siècle que les chefs-d'œuvre d'architecture, tels que: la vieille cathédrale, les églises, les belles portes et les monuments des héros nationaux. Le cours de la Vouga descend jusqu'à un labyrinthe de canaux que forme son estuaire devant Aveiro. Les bateaux de pêche, aux proues gracieusement courbées vers le haut, ne sauraient renier leur origine phénicienne millénaire, ce type d'embarcation étant unique dans le pays, voir dans le monde entier. Nous trouvons le long de la mer de magnifique lieux de villégiature d'été et, au sud de Porto, nous avons, tout d'abord, Espinho avec sa très belle plage; Miramar, dénommée la "Plage des Roses"; Vila Nova de Gaïa, où dorment et mûrissent les célèbres vins de Porto.

130 Porto barco Rabelo 133 Porto pont G

                                             Il en provient aussi des collines schisteuses près de Regua, à cent kilomètres vers l'est, où une chaleur si accablante est suspendue dans la vallée resserrée que même le raisin le plus sauvage y mûrit en une coulée lumineuse. Dans les "rabelos", ces bateaux typiques du Douro, à la grande voile carrée rouge ou blanche, la noble charge vogue vers Porto, aux maisons bâties en gradins sur les flancs de granit. Parfaitement adaptée au peu de profondeur des eaux durant la saison chaude, ces barques à font plat, très étroites, en forme de "navette", et la proue relevée, sont gouvernées sur un échafaudage. La ville, habitée depuis la préhistoire, qui s'appela Portus Cale sous les Romains, et Portucalia au moyen âge, donna fièrement son nom au comté rebelle qui s'étendit peu à peu vers le sud. De par la loyauté et la noblesse de ses habitants, de par l'héroïsme avec lequel la cité a toujours résisté à la domination étrangère et lutté pour l'indépendance nationale, elle reçut officiellement le titre de "Cité antique, très noble, toujours loyale, jamais vaincue". Centre industriel et commercial le plus important du pays, Porto n'en garde pas moins une beauté bien personnelle, son opulence ne nuit en rien à son intérêt proprement artistique. Il n'est de meilleur moyen de l'aborder que de descendre la gracieuse vallée du Douro. Les eaux écumantes se heurtent, à tout instant, aux mille rochers que la nature semble avoir disséminé là pour rendre plus émouvante, par contraste, l'harmonie des lignes et des couleurs qui composent le panorama. En son cœur s'impose aussi une cathédrale du XIIe siècle qui, complètement défigurée par des remaniements, s'élève sur l'emplacement d'une ancienne citadelle au sommet de la colline de Peña Ventosa. Comme une grande quantité d'édifice de la ville, elle est construite en granit gris, sa façade encadrée de deux tours carrées, lui donne l'aspect sévère de forteresse. L'intérieur se divise en trois nefs de cinq travées et un cloître gothique, avec voûtes de granit à croisées d'ogives revêtu d'azulejos illustrant le Cantique des Cantiques.

134D Quinta da Campaínha A 134F Rio Tinto

                                             Non loin de là, au milieu des vignes, Rio Tinto doit son nom à la rivière qui la traverse. Celle-ci fut décrite ainsi suite à l'effusion de sang lors de la bataille sanglante entre les maures dirigés par le calife Abd al-Rahman et le comte Gutierrez qui fut secourut par le roi Ordonha II. Dans ce village se trouve la "Quinta da Campainha" qui avait été achetée par le capitaine Francisca da Silva Portela et où toute la famille du père de Teresa nous accueillait, dont une tante porte le même prénom. La porte d'entrée est surmontée par un blason de granit en forme de bouclier avec les armoiries des "Vieirinhas et Silva". En 1765 fut construite la chapelle de Nossa Senhora da Conceição.

138 Barcelos Pont et château 142 Braga palais épiscopal

Barcelos et Braga

                                             En remontant au nord, nous rencontrons: Leça do Bailio avec son monastère gothique fortifié du XIe siècle; Matosinhos, d'où partent les plus grandes exportations du pays; Vila do Conde, avec son aqueduc de 999 arches près de l'estuaire de l'Ave; Póvoa de Varzim, où se trouve encore un pilori manuélin. Après Ofir vient Viana do Castelo, dit: "Viana la Belle", avec combien de légendes et de poussières ! Et, pourtant, on veut mêler du vrai et du faux dans ses lointaines et poétiques origines. Elle s'étend paresseusement le long du Lima, qui se jette dans l'Océan en un large estuaire enjambé par le double pont métallique construit par Gustave Eifel. L'ancienne citadelle São Tiago da Barra défend l'entrée du port. En face d'elle, à l'autre extrémité d'un vaste campus de ruines grecques, Nossa Senhora da Agonia est aussi le but d'un pèlerinage très couru dans le Minho: la "Romania". Fort connue par ses céramiques typiques et par son "vira" (danse folklorique), Barcelos est baignée par le Cavado, qui se jette près d'Ofir. Elle possède quelques vieux édifices comme le monastère de Vilar dos Frades, le Palais des Comtes-Ducs, et un grand nombre de maisons du XVe siècle. Braga, l'ancienne "Bracara Augusta" des Romains, est maintenant une ville industrielle très importante. Elle connut, au début du XVIe siècle, une période de splendeur. L'archevêque Dom Diego de Sousa fit alors élever, des constructions à l'italienne, qui lui valurent le nom de "Rome Portugaise".                                     Bom Jesus do Mondo & Lamego

144 Bom Jésus do Mondo 149B Lamego escalier et cathédrale

                                             Tout proche, le sanctuaire du "Bom Jésus do Mondo" couronne le sommet du Monte Espinho. Un funiculaire hydraulique et une belle route montent jusqu'à l'esplanade, où s'élève l'église, mais les pèlerins délaissent souvent ces moyens d'accès pour emprunter la "via sacra", dont les plus fervents la montent à genoux ou les bras en croix. Bordée de petites chapelles abritant les scènes des stations du chemin de la Croix, cette voie aboutit à un double escalier monumental, "l'escadório dos cinco sentidos" (des cinq sens), et "l'escadório dos virtudes" (vertus), coupés de paliers et ornés de statues.

145 Guimarães le château 146 Guimarães vue aérienne

                                             La petite ville de Guimarães, située dans le Minho, est le château du berceau de la nationalité portugaise. Sur un monticule s'élève le vieux château du Xe siècle, où est né en 1110 le fils du Comte Henri de Bourgogne, qui devait devenir le premier roi, Afonso Enriques. Sa statue en bronze a été érigée devant l'allée qui conduit au château. De l'enceinte de murailles triangulaire se dressent un donjon carré et des tours, réunies par un chemin de ronde. C'est dans la petite église romaine, São Miguel do Castelo, qu'il fut baptisé. Et puis se succèdent de charmantes villes, telles: Caldas de Vizela, station thermale au milieu d'un parc incomparable; Amarante, avec son paysage d'une grande beauté et son délicieux "vin vert", considéré par les connaisseurs comme le meilleur de toute la péninsule. Après Amarante, nous ressentons une impression de paix. Un tel sentiment de sérénité nous saisit en contemplant le fleuve Tâmega, aux ombres harmonieuses, qui semble couler bien loin du monde agité qu'on a envie de s'asseoir sur ses bords et d'oublier pour un temps notre époque troublée, vibrante de nervosité et d'inquiétude. À huit kilomètres de Rega, capitale du pays du vin de Porto, on découvre les très beaux vestiges romains de Covenlinha. Lamego, avec ses maisons du moyen âge, et notamment sa grandiose basilique de la Sainte Vierge, demeure le centre d'un fameux pèlerinage. Vila Real, connue non seulement par l'hospitalité proverbiale de ses habitants, mais aussi parce que c'est le lieu où naquirent les grands navigateurs du XVIe siècle. Tout au long de la route, de grandes "quintas" (maisons de campagne) au toit de tuiles rouges et blanches rompent, au milieu d'un jardin planté de cyprès, la monotonie du paysage. Bien vite, j'abordai une contrée très accidentée dans le Trás-Os-Montes où les monts et les vallées ne cessent de se succéder. Après Pedras Salgadas et Vidago, charmantes stations thermales, et la traversée de nombreux bois, apparaît Bragance dans sa grande solitude. La nouvelle ville s'étend au pied de l'ancienne cité, qui est entourée de son double mur d'enceinte crénelé, et qui est surmontée de tours et du puissant donjon d'un château bâti par Sancho Premier au XIIe siècle. Sa grande curiosité est le "Domus Municipalis", un des rares monuments de l'architecture civile qui subsiste de l'époque romane. Parmi ses nombreuses églises, il a le temple São Vicente, où fut célébré le mariage secret de Dom Pedro et d'Iñès de Castro.

149 Amarante Couvent 150 Bragance temple São Vicente

Amarante et Bragance

                                             F.J-L : septembre 1965, mars 1967

 

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