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6. 3- Le charme de l'amour.

 

 

 

 

 

 

 

65.08.31 Parc de Mafra65.09.01 Estoril65.09.08 Guincho

                                          Prenant un autre rendez-vous avec mon rêve, j'allais rejoindre celle qui bouleversait mon cœur. Nous reprîmes nos dialogues et nos charmantes promenades. Avec les matins baignés d'une lumière diaphane, qui reviennent embaumées d'iode, d'ozone et d'un incomparable sourire, elle me fit découvrir d'autres envoûtements et apprécier le kaléidoscope du paysage: une mosaïque magique. Bien souvent, je menais la conversation sur des sujets qui, je savais, l'intéressait au plus haut degré. Sa présence m'inspirait; elle m'écoutait, même par sourire; j'en ressentais une grande joie, et mes regards lui en exprimèrent une telle reconnaissance qu'elle ne put s'empêcher d'être touchée. Sa longueur et sa distraction s'atténuèrent; elle ne résista plus au plaisir secret que répandait en son cœur la vue du bonheur que je lui présageais. Peu à peu, nous nous enhardissâmes, et même parfois, elle disait d'une gentillesse désarmante: "Voyons, tu n'es pas très sage".

65.09.05 Tanganheira65.09.05 Lagoa Azul C65.09.05 Lagoa Azul BB65.09.10 Praia Lizandro B

 

                                         Un jour, ses parents nous laissant seuls, nous fîmes de nombreuses confidences. Tout d'abord, je lui rappelais ma situation, ce caractère qu'on dit bizarre et sauvage, ce cœur étranger à tous les intérêts du monde, solitaire au milieu des hommes, et qui souffre pourtant de l'isolement auquel je semblais condamné. Son amitié m'avait soutenu: sans cette amitié je ne pouvais vivre. J'avais pris l'habitude de la voir, elle avait laissé naître et se former cette douce habitude. Nous en vînmes bientôt à nos sentiments auxquels on s'habituait. Et elle m'avoua qu'elle aussi m'aimait. Je passais quelques heures à ses pieds, me proclamant le plus heureux des hommes, lui prodiguant mille assurances de tendresse, de dévouement et de respect mutuel. Elle me raconta ce qu'elle avait souffert en essayant de s'éloigner de moi; que de fois elle avait souhaité que je la découvrirais malgré ses efforts; comment le moindre bruit qui frappait ses oreilles lui semblait annoncer mon arrivée; quel trouble, quel bonheur, quelle crainte elle ressentait en me voyant; par quelle défiance d'elle-même, pour concilier le penchant de son cœur avec prudence, elle s'était livrée à quelques distractions, et avait recherché la société qu'elle fuyait auparavant. Et puis l'on se tût; nos cœurs étaient à l'unisson, comme si nous n'avions jamais été séparés.

65.09.10 Tomar C#65.09.12 Boliqueime65.09.12B

 

                                         Elle était rêveuse... Mon imagination et mes désirs ne cessaient de s'amplifier considérablement. Teresa n'avait eu jusqu'alors aucune notion de ce sentiment passionné, de cette existence perdue dans la sienne, dont mes fureurs mêmes, mes injustices et mes reproches, n'étaient que des preuves plus irréfutables. Sa résistance avait exalté toutes mes sensations, toutes mes idées: je revenais à des comportements qui l'effrayaient comme une créature céleste. Mon amour tenait du culte, et il avait pour elle d'autant plus de charme qu'elle craignait toujours de se voir humiliée dans un sens opposé. Enfin, elle se donna tout entière...

65.09.12 S.António AltoB65.09.14 foire populaire Lisbonne65.09.18 S.Domingo65.09.18 S.Domingo B

 

                                         Malheur à celui qui, dans les premiers moments d'une liaison d'amour, ne croit pas que cette liaison doit être éternelle ! Malheur à qui, dans les bras de la maîtresse qu'il vient d'obtenir, conserve une funeste préscience, et prévoit qu'il pourra s'en détacher ! Une femme que son cœur entraîne a, dans cet instant, quelque chose de noble et de sacré. Ce n'est pas le plaisir, ce n'est pas la nature, ce ne sont pas les gens qui sont corrupteurs; ce sont les calculs auxquels la société nous accoutume, et les réflexions que l'expérience fait naître. Jamais, je ne respectais mille fois plus Teresa après qu'elle se fût donnée. Je m'élançais au-devant de la nature, pour la remercier du bienfait inespéré, du bienfait immense qu'elle avait daigné m'accorder. (Du 1er au 24 septembre 1965)

 

65.09.18 Pique-nique65.09.19 Parc Tomar65.09.20 Terreiro Bruxas#

 

                                                  F.J-L : août 1970

 

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