Pages A4 - 257 à 262.

9. 3- Balades merveilleusement féeriques.

 

 

 

 

                                       Un soleil radieux brillait à notre troisième rencontre pour témoigner de sa gratitude à l'heureux hasard qui m'avait rapproché de Jeannine. L'heure était plutôt à la promenade, ainsi nous déambulâmes dans le parc Louise-Marie de Namur. Malgré son opulence floréal, il nous paru bien petit et nous décidâmes de nous rendre aux jardins français d'Annevoie. Guidés dans la cohue des fontaines et cascatelles qui ruissellent au milieu d'innombrables parterres aux couleurs fascinantes, nous sentions naître en nous ce sentiment que l'on ne peut expliquer. Nous rêvassions comme si pour quelques minutes nous nous trouvions au paradis terrestre. Restant à la traine pour mieux savourer ces merveilles, nous étions envahis d'une joie indescriptible. Et, à la dérobée, nous échangions de ces doux baisers qui font vibrer tout notre être et que l'on voudrait qu'il ne finisse pas. Dès le printemps, des parterres de fleurs ajoutent leurs couleurs à ces jardins ordonnés qui font penser à un petit Versailles. Le jeu subtil des miroirs d'eau, des cascades, des buffets d'eau, des parterres d'eau, des sources jaillissantes crée une atmosphère d'enchantement à nulle autre pareille. À l'extrémité de l'allée des soupirs de charme couverte se trouve une petite fontaine dites des amoureux où l'eau jaillit d'une pierre moussue. Là, on peut formuler un vœu en abaissant le jet d'eau avec la main et en la laissant rejaillir sans se faire mouiller. Cependant, j'étais plutôt perplexe car j'y avais émis un vœu le 4 septembre 1966 qui ne se réalisa pas ! (voir chapitres 4.4 et 6.4)

1972 1972

 

                                       "Je passe les plus belles heures de ma vie quand je suis avec toi. De plus en plus, je crois en notre amour. J'arrive même à m'étonner, jamais je n'aurais crû, aimer un jour aussi intensément et que ce sentiment quelqu'un l'aurait éprouvé envers moi. Je mets tout mon espoir et mes illusions en toi. Je crois que tu en es très digne, tu me comprends déjà tellement bien. Tu sais me faire des cadeaux que j'ai tellement désirés et que personne avant toi n'avait pensé à m'offrir. Je ne suis pas tellement exigeante, quelques roses ou quelques autres fleurs de ton jardin me font terriblement plaisir. Elle symbolise, pour moi, ton amour, ta délicatesse et j'en suis très sensible. Je n'ai pas l'art de m'extérioriser et de manifester de grandes joies, mais crois-moi ce que le cœur ressent, la bouche l'exprime difficilement. Je viens de relire ton poème sur les femmes, j'aime beaucoup: ¨c'est la joie et presque de la lumière partout où elle se trouve¨. Je voudrais que pour toi, je puisse te donner cette lumière, surtout la tendresse et l'amour qui t'ont manqué jusqu'à présent. Te combler de plaisir et redonner un sens à ta vie. Quand je parle de mes espoirs, ce n'est pas vaines choses, mais je suis prête à faire beaucoup pour toi. À la radio, pour le moment, on chante: ¨un jour sans toi, c'est un jour gris, et c'est un jour de pluie¨; et c'est bien vrai. Ce fut le cas aujourd'hui..." (4 juin)

1972 1972

                                         Après quelques difficultés pour trouver notre chemin, nous arrivâmes au lieu-dit: "Chant d'oiseaux" (5) à Sclaigneaux, où un petit ruisseau, le rou de Loysse, y coule en toute quiétude à travers bois. En Allemagne, il y avait le même nom "Vogelsang" mais beaucoup moins agréable puisque l'on y effectuait les manœuvres et que le sol n'était que de boues. Ceci me rappelle aussi pas mal de souvenirs de mon enfance où l'on venait se promené volontiers dans le ruisseau et le petit pont métallique existe toujours. Là haut se trouve des grandes cheminées, des anciennes usines Dumont, que l'on peut apercevoir de la Meuse. Nous restâmes un moment au soleil dans une clairière à écouter le doux murmure des oiseaux qui y sont nombreux. Là, devant cette grandiose beauté sylvestre, nous nous prîmes d'un sentiment profond. Nous étions comme deux enfants qui étaient fou d'amour et dont mes mains gambadaient un peu partout. Le site est sauvage, la rivière bondissante. Tout est silence dans ce lieu perdu dans la verdure. "Tu es pour moi, un rayon de soleil qui apparaît le temps d'une éclaircie, durant le dimanche. Quant à la semaine, elle s'écoule comme un orage qui n'en finit pas. Je suis si bien près de toi, surtout quand tu me prend dans tes bras et me couvre de baisers... Je voudrais tant que tu me fasses confiance, je sens en toi encore un peu d'hésitation, tu te pose des questions, moi je ne connais pas cela ..." (11 juin)

1972 1972

                                         Comme deux amants nous marchions silencieusement le long de la Meuse,  à la Plage d'Amée à Jambes. Tout parle au cœur. Il y a pour les gens aimants un plaisir infini à trouver dans les accidents d'un paysage, dans la transparence de l'air, dans les parfums de la terre, la poésie qu'ils ont dans l'âme. La nature parle pour eux. Nous allions et venions comme des fous en parcourant le même espace. Chère Jeannine, je reçois plus que je ne donne. Aussi t'aimerais-je toujours mieux que tu m'aimeras, parce que j'ai plus d'une raison de t'aimer: tu es un ange et je suis un homme. Asseyons-nous là sur ce banc, veux-tu ? Respirons l'air du soir, écoutons les cris des mouettes, admirons les rayons du soleil qui tremblent sur les eaux. Laisse-moi m'emparer de cette nature où je crois voir mon bonheur écrit en toute chose, et qui m'apparaît pour la première fois dans sa splendeur, éclairé par l'amour, embelli par toi, Jeannine, chère aimée ! Voici le premier moment de joie sans mélange que le sort m'ait donné ! Les heures qui s'égrènent dans l'extase d'un immense bonheur, se sont arrêtées seulement pour nous ! J'avais l'impression de vivre des heures mystiques remplies de ces mystères que l'on ne s'explique pas. Tout autour de nous semblaient s'être arrêté aussi. Jamais je n'avais pris de ce temps, un temps de méditation, le temps de nous aimer vraiment. J'aimerais que se renouvelle cette pause où nos montres, pendant cette heure de grâce, se sont tues, alors que nos cœurs battaient à l'unisson. (6 juillet)

1972 1972

                                         Suivant un petit chemin à l'ombre d'un frêne remarquable et bordé de viornes obiers, cornouillers sanguin, genêt à balai et de charme, nous arrivâmes au lac de Bambois appelé "Li grand Vévi", alimenté par le ruisseau de la Belle Eau. D'origine très ancienne puisque le Prince-évêque de Liège Notger en aurait été le maître d'œuvre au 10e siècle. Débouchant sur la rive couverte de nombreuses herbacées s'offre à nos yeux, une très belle vue sur un vaste plan d'eau fréquenté par de nombreuses avifaunes. Dont le héron cendré, canards colvert, poules d'eau, grèbes huppé, etc. La vaste roselière abrite la rousserolle effarvatte, le bruant des roseaux, la bécassine des marais, le râle d'eau, ... Un autre petit sentier serpente à travers massifs et parterres, pelouses et mares fleuries, au milieu de mille parfums dans une débauche de couleurs. Une porte dérobée s'ouvre sur un sous-bois d'aulnes, de bouleaux, de noisetiers et de framboisiers. Un labyrinthe de caillebotis se faufile entre mares peuplées de nénuphars, plantains d'eau, iris, sagittaires et renoncules aquatiques qui se prolongent vers divers jardins et l'aquarium présentant les habitants du lac: gardon, écrevisse, carpe, épinoche, perche, brème, tanche, brochet, sandre, goujon, truite fario, etc. Après avoir déambulé dans ce lieu si calme et paisible, nous avons été nous promener, tout aussi langoureusement, à l'abbaye de Floreffe où Jeannine cueilli un trèfle à quatre feuilles qu'elle garda précieusement et je lui avais offert une liseuse. (23 juillet)

1972 1972

                                         A Freÿr, les rochers dressent, sur la rive droite, une impressionnante muraille. En face, s'élève le château. Louis XIV, en route pour le siège de Namur, y demeura en 1675. Les Comtes de Beaufort-Spontin, flattés par le séjour du Roi-Soleil, voulurent posséder des "jardins français" inspirés des splendeurs de Versailles où l'eau et la verdure se marient admirablement. Sur cinq hectares se disposent 30.000 m² de charmilles, 150 mètres de berceau couvert, neuf bassins dont les jets d'eau ne s'arrêtent jamais, 33 orangers tricentenaires et mille coins charmants. La visite du grand vestibule, de la chapelle, de la salle de billard et des salons offre un grand intérêt. Dans le salon dit "de Meuse" fut signé un traité entre Louis XIV et Charles II d'Espagne. On y bu du café pour la première fois en Belgique.

1972 1972

 

                                                                                                                                                                                                             Il règne comme une odeur d'éternité, une maison hors du temps qui allie sobriété, simplicité et charme féminin. Un bateau fantôme amarré au bord de la Meuse comme un château de la Loire. Le plus latin des châteaux du pays. Un lieu où se fondent harmonieusement des inspirations venues de France, d'Italie, des Pays-Bas et d'Europe Centrale. Un jardin intime qui descend par paliers jusqu'au fleuve et qui respire profondément la paix et la sérénité, invite à la contemplation et à la méditation. Le murmure des fontaines, le parfum des orangers et le labyrinthe de charmilles dévoilent un panorama grandiose et mystérieux.

1972 1972

 

                                         "Quand nous nous promenons et que tu me prends par la taille ou par l'épaule, ces moments sont si doux, si merveilleux pour moi. Quand tu es près de moi, plus rien n'existe. Il m'arrive de ne pas parler ou de dire des choses sans importance. C'est l'amour qui m'envahit à nouveau et je ne vois plus que toi, la vie s'arrête comme nos montres sur la Plage d'Amée. J'ai passé un week-end fort agréable, tu es formidable, ton idée de visiter ce château était magnifique. Je voudrais passer tous mes dimanches de cette façon. Dommage que l'on ne s'est pas rencontré plus tôt, quelle merveilleuse vie, c'eut été. Nos cœurs n'auraient pas été tiraillés les incertitudes, les craintes et l'ennui !" (30 juillet)

1972 1972

                                         Nous traversons une campagne rousse et or, en cette fin d'après-midi. La route était bordée d'arbre. Elle s'allongea sur le siège et ferma les yeux, bientôt endormie. La légère poitrine se soulevait selon un rythme paisible sous la robe échancrée où l'on apercevait la naissance de deux seins enfantins et pâles. Elle inclina la tête qui vint se reposer contre ma poitrine. Quelle autre geste nous eût mieux rapprochés ? J'osais à peine respirer, envahi par cette tendresse secrète qu'elle m'offrait dans un moment de confiance, le cœur battait d'une allégresse inconnue. Entre les arbres, on apercevait des morceaux de ciel bleu. Au-dessus de nous, naissait l'imperceptible bruissement des feuilles que le léger souffle du soir commence d'agiter. Mais qu'aurions nous écouter, puisque, à cette minute, nous nous embarquions muets, sourds, aveugles pour cette aventure.

1972 1972 1972

 

                                         "Je crains que ton amour déjà éprouvé par des situations antérieures malheureuses ne consiste plus envers moi qu'à un attrait physique qui, a mon avis, serait un amour très frêle et très court. Je ne vais pas commencer à me méfier de toi et éviter de me retrouver seule avec toi. C'est le propre de la femme de se défendre jusqu'au jour du mariage. Il est tellement difficile pour une jeune fille à l'heure actuelle d'être respectée par les hommes que je suis souvent sur la défensive. J'ai encore beaucoup d'idéal dans la vie. Ne doute pas des sentiments que je porte ni de la confiance que je te témoigne. Il n'en a jamais été ainsi pour un autre, et j'ose espérer que cela durera." (17 juillet & 23 août)

1973 1973

                                         Profitant d'un beau dimanche ensoleillé, nous flânâmes avec beaucoup de baume au cœur au parc Louise-Marie de Namur. Il est né d'un concours en 1879 et porte le prénom de la première reine des belges. Son tracé tout en courbes et ses enrochements artificiels, en forme de grotte, le caractérise en l'agrémentant de larges pelouses, de magnifiques plates bandes fleuries, d'une cascade et de bouquets d'arbustes. Il est établi sur un ancien fossé des remparts du 14e siècle de la ville qui fut transformé en refuge à bateaux dont l'étang central en rappelle le souvenir et compose la partie basse. Quant à la partie haute, surmontée d'un kiosque à musique moderne, il présente quelques essences remarquables et concourt à en faire un coin de nature reconstitué idéal pour les amoureux que nous sommes. L'escalier situé du côté de l'avenue de Stassart est une copie de celui que Félicien Rops avait dessiné pour le jardin de la "Demi-Lune", situé dans une propriété au sud de Paris. Plus tard, en 1988, fut dégagé le pont, construit par les Hollandais vers 1816, qui donnait accès à la dernière porte de Bruxelles, décalée vers le sud pour empêcher les tirs d'artillerie. (mi-août)

1973 1973

                                         Nous avons aussi visité les ruines de l' Abbaye de Villers la Ville. On passe d'abord par une pièce carrée en roman: le chauffoir avec son immense cheminée où après le chant des Laudes, les moines venaient se réchauffer. Tout proche, en romano-ogival du 13e siècle, le réfectoire avec dix grandes fenêtres à meneaux, veuf de sa voûte. Plus au nord s'ouvre une large porte vers la cuisine et puis on débouche dans l'allée méridionale du cloître. Jadis, quatre galeries voûtées couraient autour du préau, avec leur colonnes et leurs fenêtres dont il n'en subsiste qu'une. Le cloitre construit d'abord en roman fut transformé et agrandi en gothique rayonnant. Des vestiges s'ouvrent à nos yeux, les sculptures incrustées dans les colonnes, des pierres finement taillées et des clefs de voûtes gracieusement accrochées. Au fond, s'amorce l'escalier qui mène au dortoir des moines. Dans la galerie méridionale s'érige le tombeau du bienheureux Gobert d'Aspremont. Il avait guerroyé à la croisade. Son gisant est représenté mains jointes, yeux clos, drapé dans l'ample coule cistercienne. Après le pillage lors de la Révolution, sous l'ogive ancienne, fut replacée la copie exacte d'une adorable rosace élégamment sculptée. À deux pas s'ouvre un portique qui constitue une des pièces maîtresse de l'abbaye: cette porte trilobée est admirable. De style romano-ogival, elle se compose d'une archivolte avec arc qui retombait autrefois sur de fines colonnettes cylindriques aujourd'hui disparues. Nous voici maintenant dans l'église de 91 m sur 40 en forme de croix latine, aux lignes sobres. Trois nefs et, de chaque côté, sept chapelles. De grosses colonnes cylindriques à chapiteaux octogonaux supportaient la voûte centrale. L'ensemble est une œuvre magistrale dans sa simplicité et d'une ordonnance pleine d'ampleur, malheureusement écroulée. Sur la droite, nous atteignons la brasserie. Bâtiment d'allure un peu massive qui compte parmi les plus anciens, avec leur rez-de-chaussée, revêtu d'une voûte en plein cintre et ornés d'une gigantesque cheminée. À l'étage, qui subsiste encore, on entreposait les réserves des céréales destinées à la fabrication de la bière. En passant dans l'enceinte proche des bâtiments construits au 17e siècle, le cadre change. Les murs sont en briques ou teintés à la chaux, les fenêtres sont hautes, les locaux furent cossus. Ce sont les derniers appartements des abbés, salles de réception et bibliothèque. Au sommet de quelques marches, un plateau ombragé est bordé par une jolie balustrade en pierre bleue. Au centre, se dresse la chapelle Montaigu, octogonale, datant de 1615. Sur le frontispice se lit l'inscription: Post tenebras spero lucem (après les ténèbres, j'espère la lumière). C'est la devise de l'abbaye. On jouit d'une superbe vue sur ce cadre de ruines sculptées, accordées avec les frondaisons des arbres. L'amoureux du passé qui parcourt ces restes pathétiques se sent ému en foulant un sol privilégié où l'esprit à soufflé ... (29 octobre)

1972.10.29B Villers Ville 1972

 

                                             F.J-L : année 1972

 

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